bande dessinée

BRÉSIL : La bande-dessinée qui va vous faire aimer la science fiction

Les amateurs de bande-dessinée ont suivi avec passion la saga Les Mondes d’Aldébaran. À l’origine de ces classiques de science-fiction: le célèbre dessinateur brésilien Leo. Installé en France depuis 1981, Luis Eduardo de Oliveira, a connu le succès loin de son pays natal où la bande-dessinée n’a jamais vraiment réussi à percer.

En 1993, Luis Eduardo de Oliveira, publie La Catastrophe, premier tome d’une saga de science-fiction dont le dernier opus est sorti en mars 2017. Pendant près de vingt-cinq ans, des milliers de fans ont suivi les aventures de Marc et Kim. Le pitch : au 22e siècle, sur fond de drame écologique et de dictature, les deux héros font face à de mystérieuses créatures et vivent des aventures pas toujours sympathiques sur plusieurs planètes semblables à la Terre colonisées par les humains. Au-delà de cette série incontournable, Leo a également écrit ou dessiné de nombreux autres succès du genre. Il signe, par exemple, aux côtés de Rodolphe les scénarios des séries Trent, Namibia, Amazonie ou encore La Porte de Brazenac.

Leo écrivain bande-dessinée

Luis Eduardo de Oliveira © Dargaud / Rita Scaglia

Le maître du planet opera ou la science-fiction réaliste

Leo excelle donc dans les récits d’anticipation ou ce que les adeptes de bande-dessinée de science-fiction appellent le planet opera. « Au contraire d’autres histoires d’anticipation, comme les space operas qui se passent dans un futur lointain et ne sont pas trop réalistes, mes scénarios se passent plutôt dans un futur proche. J’ai la préoccupation de les rendre crédibles, en limitant mes inventions à des choses pas trop mirobolantes. Je fais des récits d’anticipation parce que j’ai cette liberté de créer ce que je veux, d’inventer des animaux et des plantes mais aussi des situations fascinantes comme la découverte et l’exploration de mondes inconnus. »

Si le décor fait la part-belle aux créatures mystérieuses, le trait de Leo n’en reste pas moins réaliste et les scénarios fortement ancrés dans des considérations très terriennes : guerres de religion, désastres écologiques, dictatures politiques. Sans doute un vestige de son engagement politique contre la dictature militaire qui sévit au Brésil dans les années 1970 et qui bouleverse sa vie professionnelle.

Difficile toutefois de trouver les origines de ses influences et sources d’inspiration.  « J’ai certainement été influencé par des auteurs qui ont écrit ou fait des films qui racontent des histoires semblables aux miennes, c’est-à-dire des anticipations réalistes et crédibles. J’ai été très impressionné par les livres d’Arthur Clark (inspirateur du magnifique film 2001), ou ceux du polonais Stanislas Lem et des russes Arcadi et Boris Strougatsky. Bien moins touché en revanche par les films mirobolants et puérils de la Guerre des Etoiles. »

bande dessinée aldebaran

La France, terre du succès

Dès la fin des années 1960, diplôme d’ingénieur en poche, Leo s’engage contre la dictature militaire qui a pris les rênes du Brésil. Menacé par la répression qui sévit alors dans son pays, il s’exile plusieurs années au Chili et en Argentine avant de revenir à Sao Paulo au milieu des années 1970. Passionné de dessin, il délaisse l’ingénierie pour l’illustration. Le succès n’est pas vraiment au rendez-vous au Brésil malgré quelques publications dans des journaux. « A mon époque la BD brésilienne était dominée par le style américain : des histoires vendues en magazines bon marché qu’on lit puis qu’on jette. Des récits puérils ou des traductions d’histoires de super-héros américains. On n’a pas l’habitude de lire de la BD adulte ; et le genre est souvent vu comme pernicieux pour les enfants car il les détourne de la “bonne lecture”. »

bande dessinée aldébaran ébauche

Aldébaran en projet, la couverture du tome 4 et ébauches de planches

Au Brésil, les possibles sont trop réduits pour celui qui rêve de vivre de ses histoires. Qu’à cela ne tienne : Leo s’embarque en 1981 pour la France car pour lui « la BD franco-belge est d’une qualité et d’une richesse incomparables ! ». Après quelques années de vaches maigres, les premières collaborations avec des grands noms de la bande-dessinée de science-fiction (notamment avec le créateur de Barbarella, série qui bouleverse les codes de la bande-dessinée adulte dans les années 1960) lui ouvrent la voie vers le succès.

Si en France la série Les Mondes d’Aldébaran cartonne pendant des années auprès du public et des critiques qui la placent parmi les meilleurs albums de science-fiction, le travail de Leo n’obtient pas la même reconnaissance au Brésil. « Quelque unes de mes histoires ont été publiées au Brésil. Plutôt dans des magazines, imprimées chichement et vendues chez les marchands de journaux. Mais elles n’ont pas marché. Le public n’a pas l’habitude de lire ce genre d’histoires. Malheureusement. »

bande dessinée aldebaran

La planche achevée

Une bande-dessinée d’inspiration brésilienne

Si les Brésiliens n’apprécient que peu l’univers de la BD, il est fort probable qu’en revanche le Brésil et son histoire aient fortement marqué l’univers du dessinateur.

« Je suis parti du Brésil il y a plus de 30 ans. La société brésilienne a beaucoup changé depuis cette époque. La dictature militaire existait encore, c’est dire. Depuis, le pays a progressé, la pauvreté a diminué. Mais encore aujourd’hui la misère côtoie une richesse ostentatoire, ce qui génère la violence, inévitablement. La dictature militaire a cédé la place à des gouvernements élus, mais des années de régime dictatorial ont laissé des traces. Une classe politique mal préparée, inexpérimentée, et une population immature sur le jeu démocratique, facilement trompée par les populistes et démagogues. Bref, le Brésil est un beau pays mais la nation traverse une crise économique et politique grave. »

Première version du personnage d’Alexa

Créatures mystérieuses mises à part, il y a fort à parier que réalité et fiction sont fortement imbriquées chez Leo !

Par T.F. – Equipe Le Fil Rouge

Faites nous part de votre avis

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

x

Check Also

rap grime uk

ROYAUME-UNI : Le Grime, le Rap underground qui s’impose

Au Royaume-Uni, les rappeurs ont développé un style bien à eux : la musique grime. ...

Le Fil Rouge
  • Le fil rouge Logo