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Chine – Enfants mannequins: argent, gloire et beauté

Le boom de la vente en ligne en Chine a provoqué un phénomène nouveau et qui prend de plus en plus d’ampleur: les enfants modèles, qui le temps de quelques heures ou quelques jours par mois, se transforment en mannequins. Petite incursion dans ce monde parfois très dur et peu réglementé.

“Tu seras belle ma fille” – la course à la gloire

Une petite fille de 5 ans qui joue à la poupée, cela n’a rien d’inhabituel. Sauf quand cette petite joue devant un appareil photo. Rien de grave ici, les enfants mannequins existent dans le monde entier. Sauf que la petite fille enchaîne les prises toute la journée, comme une adulte. Mais cette journée de labeur sera bien récompensée : 4000 RMB (540 euros), pour 10 à 12 heures de shooting, c’est bien plus que le salaire minimum mensuel à Shanghai (récemment relevé à 2190 RMB, soit 300 euros).

Pour expliquer cette somme, il faut savoir que les agents sont simplement chargés de trouver le mannequin pour le client. Ensuite ce sont les parents qui doivent emmener leur progéniture sur le site, et faire en sorte qu’il prenne les bonnes poses, sourire angélique aux lèvres. Cela explique que le mannequinat pour enfant soit si lucratif: on paye le modèle autant que le parent-coach accompagnant. Quand un mannequin adulte peut gagner 300RMB (40 euros) de l’heure, on paye 500RMB (67 euros) pour un enfant.

Voilà pourquoi de plus en plus de familles misent sur la photogénie de leur progéniture et abandonnent parfois leur travail pour se consacrer à leur ‘star’. C’est que le boom de l’achat en ligne a provoqué un grand besoin pour ses petits modèles en herbe. Les enseignes doivent se démarquer, prendre toujours plus de photos des vêtements ou des jouets, avec des modèles tous aussi mignons les uns que les autres.

Certains parents vont même dépenser 4000 RMB pour 10 heures de cours de mannequinat. En mai prochain, 150.000 familles ont déjà inscrit un de leurs enfants pour un concours de défilé…. Le monde de la mode attire d’autant plus qu’il signifie gloire rapide et argent facile. Si les enfants mannequins peuvent en retirer de l’argent, où est le mal?

@ aliexpress.cn

Des dérives évidemment dangereuses

L’un des problèmes est que le mannequinat des enfants n’est pas considéré comme un travail (au sens juridique) en Chine, donc pas encadré. Certains enfants manquent régulièrement l’école pour aller poser devant l’objectif, ce qui à terme, peut nuire à leurs études. Mais quelques parents chinois bien intentionnés répondront qu’à cet âge-là, l’école n’est pas si importante, que les séances photos sont plus une activité amusante qu’un vrai travail, et qu’ils espèrent ainsi développer la confiance en soi de leurs rejetons. Pas faux.

Pourtant, il est prouvé qu’être plongé trop tôt dans le monde des adultes et surtout dans un milieu aussi lié aux apparences que celui de la mode, peut être dangereux pour la psyché de l’enfant. De plus, les horaires à rallonge, les longues heures d’attente entre les prises sont du temps que l’enfant ne passe pas à jouer et à être un enfant. D’autant qu’à cette âge-là, il est difficile de savoir si l’enfant veut vraiment être mannequin ou s’il veut faire plaisir à ses parents.

Un autre problème est l’hyper sexualisation des petites filles, parfois prises en photo dans des tenues très moulantes, avec du maquillage outrancier et dans des poses suggestives. La plupart des parents chinois ne voient pas le mal et diront qu’elle s’amuse à jouer à la grande, ce qui, à l’inverse affolerait nos regards occidentaux, surtout quand ces photos sont accessibles à tous sur le net.

D’autres soulignent les dangers pris pour prendre les photos : certains enfants posent dehors en plein hiver, portant short et t-shirt à manche courtes pour la future collection d’été. Ou bien sont dehors toute la journée lorsque la pollution est très élevée. Quels risques certains parents chinois sont-ils prêt à faire prendre à leurs enfants pour la gloire ?

@chinanews.cn

Une activité encore pas assez réglementée

Mais il n’y a pas que les enfants chinois qui profitent de ce boom. Les enfants étrangers, ou les enfants mixtes (mère chinoise, père étranger) ont aussi la cote. Leurs parents, habitués aux standards européens ou américains, poussent pour obtenir de meilleures conditions de travail. Ils demandent minimum 500 RMB par heure, voire plus si la séance photo se trouve en dehors de la ville (car le temps de trajet n’est pas compris dans le taux horaire). Contrairement aux enfants chinois, ces enfants “têtes étrangères” ont le choix : les profils eurasiens ou européens sont si prisés qu’ils peuvent se permettre de refuser des offres ne correspondant pas à leurs standards.

Pour les Chinois, percer dans le milieu est parfois une vraie compétition. Il faut parfois accepter d’être payé moins, voire pas du tout… La gloire se paie. De plus, l’agent artistique touchera toujours sa part. Il ne travaille pas gratuitement. Ce qui ne va pas dans la poche de l’enfant, ira dans la poche de l’agent… Une pilule difficile à digérer.

Un marché en plein boom qu’il faut rapidement réguler pour éviter les débordements déjà bien présents. Protéger les familles qui ne connaissent pas bien ce milieu et qui peuvent se faire voler, protéger les enfants exposés au plus jeune âge aux dangers du net, rappeler aux parents leurs responsabilités face à l’éducation de leurs petits.

Par Gaëlle Déchelette- Equipe Le Fil Rouge

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