CHINE – Des bactéries pour lutter contre la pollution plastique ?

Comme le montrait le documentaire « Beijing Besieged by Garbage » de l’artiste Wang Jiuliang, la capitale chinoise est, comme toute la Chine, en proie à un mal nouveau : la pollution plastique. L’utilisation d’emballages et sacs plastiques en grande quantité dans les villes chinoises entraîne un casse-tête logistique pour les autorités qui ne savent plus comment traiter les tonnes de plastique qui sont jetées tous les jours dans les poubelles. La science pourrait-elle venir en aide au pays qui produit le plus de déchets au monde ?

Le plastique : une matière peu chère et tellement pratique !

En Chine vous trouverez du plastique partout : pour envelopper les bananes, pour transporter votre verre de thé glacé (lui-même en plastique) accompagné d’une paille en plastique, également emballée. C’est que le plastique est considéré comme « propre » dans un pays où les scandales alimentaires et liés à l’hygiène sont nombreux. Le plastique, peu cher et jetable, semble être la solution à tous les problèmes !

Récemment, avec le développement de la livraison de repas à domicile ou au bureau, l’utilisation du plastique a beaucoup augmenté : entre 2003 et 2013, la production de déchets a augmenté de 10% par an, atteignant 172 millions en 2013, soit 13% des déchets à l’échelle mondiale…

Pourtant certains commencent à douter du modèle. Un artiste chinois, Wang Jiuliang, a voulu prendre des photos de la campagne en dehors de Pékin, il n’a pu trouver aucun endroit où le plastique n’était pas visible. Il en a fait un documentaire, « Beijing Besieged by Garbage », suivi d’un autre « Plastic China » sur le problème du traitement des déchets plastiques en Chine.

plastique chine

Le problème du traitement des ordures en Chine

Devant le problème que peut représenter la consommation effrénée de matières plastiques, la Chine a officiellement banni depuis 9 ans les sacs plastiques donnés gratuitement par les commerçants. Dans un pays qui à l’époque généraient 1.6 millions de tonnes de sacs plastiques à usage commercial par an, c’était devenu nécessaire. Mais si on estime que l’utilisation de sacs a chuté de 2/3 depuis, cette mesure a néanmoins eu un effet pervers : dans la plupart des supermarchés, il faut désormais payer pour obtenir un sac (0.3 yuans soit 4 cents), de manière à contourner l’interdiction. Dans les faits, de nombreuses échoppes continuent à les utiliser.

La plupart des gens (y compris les étrangers vivant en Chine) considèrent que le tri existe, et le plastique recyclé. En effet, faute d’un système de tri efficace, il n’est pas rare de voir des migrants, ces personnes venues dans les villes pour trouver du travail, collecter le plastique dans les poubelles pour aller le revendre aux entreprises de recyclage. Problème, avec le déclin du prix du pétrole, le plastique à moins de valeur, et il devient de moins en moins intéressant de recycler le plastique. De plus, seule une infime partie du plastique jeté en Chine est recyclé, les entreprises préférant importer du plastique d’autres pays en raison de sa meilleure qualité ! La Chine recycle 50% des rebuts de plastique mondiaux, mais pas le sien.

Autre problème, les déchets n’étant pas triés à la source, il est difficile de valoriser les ordures et de les traiter correctement. Outre le prix, relativement élevé, des centrales d’incinération, il est également plus difficile d’incinérer correctement les déchets qui ne sont pas triés. Autre solution : les décharges qui transforment les gaz en énergie, ne peuvent opérer quand matières organiques et plastiques sont mélangées. Enfin, les décharges classiques génèrent des émissions de gaz à effet de serre qui sont plus importantes que les centrales d’incinération.

Voilà pourquoi il n’est pas rare de voir des décharges de plus en plus nombreuses en dehors des villes, certaines opérant illégalement, et qui risquent de contaminer le sol, l’eau et l’air.

plastique four plastic free

Des nouveautés scientifiques applicables ?

Pourtant dernièrement on a fini par se rendre compte du danger du plastique non traité : des images de plages de Hong Kong couvertes de détritus plastique, la découverte de fins résidus de plastique dans le sel produit en Chine…. Alors on cherche des solutions pour traiter le problème.

L’association Zero Waste Beijing œuvre pour diminuer la source des déchets, au moyen d’actions de sensibilisation auprès de la population locale. La philosophie zero waste ou « zéro déchets » tend à supprimer toute forme de déchets, en utilisant les préceptes suivants : Refuse (refuser), Reduce (réduire), Reuse (réutiliser), recycle (recycler), rot (composter).

L’ONG Green Initiatives présente à Pékin, Shanghai et d’autres grandes villes chinoises, a également lancé plusieurs actions comme ‘keep me Cup’ pour inciter les gens à amener leurs propres bouteille plutôt que de prendre des tasses jetables, ou bien ‘plastic free month’, qui vise à supprimer la consommation des items plastiques les plus couramment utilisés : les sacs, les bouteilles, les pailles, et les tasses en plastique.

Les gouvernements locaux œuvrent aussi pour lancer des campagnes de sensibilisations, et pour un meilleur recyclage du plastique. Mais certains considèrent qu’il faudrait inviter les entreprises qui utilisent le plastique pour leurs livraisons, à trouver ensemble une façon de contourner le problème. Ainsi, pour la livraison de kuaidi, ces colis ou enveloppes livrés par coursiers, très abordables en Chine, des colis cartons ne nécessitant pas de ruban adhésif (en plastique, qui rend le carton plus difficile à recycler) existent, mais ils coûtent plus cher, et les entreprises misent avant tout sur la rentabilité.

Mais avant qu’un changement se fasse dans les consciences, il faut néanmoins traiter le problème existant, et pour cela la science pourrait aider : En 2016, des chercheurs japonais ont découvert une bactérie capable de briser les liaisons moléculaires du PET, ou polyester, l’un des plus utilisés au monde. Cette bactérie aurait évolué génétiquement face à l’accumulation de matière plastique dans l’environnement au cours des 70 dernières années. On cherche encore un moyen de pulvériser cette bactérie, particulièrement vorace, sur les détritus.

Plus récemment en Avril 2017, des chercheurs de l’université de Cambridge ont découvert une chenille mangeuse de plastique. Cette larve appelée « ver de miel » aurait la capacité de couper les liaisons chimiques au moyen d’un enzyme. S’il était isolé, cet enzyme pourrait être fabriqué à l’échelle industrielle et servir également à réduire les déchets plastiques.

Mais pour l’instant, aucune de ces deux découvertes n’ont trouvé de solution industrielle.

Reste donc à espérer que la consommation de plastique sera réduite avant de nous retrouver totalement recouverts…

 

Documentaire Beijing Besieged by Garbage :

Par Gaëlle Déchelette – Equipe Le Fil Rouge

Pour aller plus loin:

Green Initiatives: The Plastic Four

Green Initiatives: Keep It Cup

Plastic China

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