adonis chassé du yoga

LIBAN – BEYROUTH : Découverte littéraire – Adonis chassé du yoga par Jad Abdallah

Le Liban abrite des écrivains polymorphes et des artistes qui portent un regard critique sur la société dans laquelle ils évoluent. C’est le cas de l’écrivain Jad Abdallah. Dans son premier roman Adonis chassé du yoga, il décrit avec humour les problèmes sociaux du Liban moderne. Œuvre philosophique, le livre d’Abdallah évoque la société du Liban actuel, l’ère phénicienne, la relation hommes-femmes, la consommation de masse… un autre regard qui invite à la réflexion. Un récit fascinant à la frontière entre légende, fiction et histoire.

Il y a plusieurs semaines, Le Fil Rouge avait fait le portrait de Jad Abdallah, trentenaire libanais qui nous racontait son quotidien dans la belle ville de Beyrouth. Commercial, Jad est aussi écrivain et c’est à son livre que nous nous intéressons aujourd’hui. Avec Adonis chassé du yoga, l’écrivain libanais pose un regard critique sur la société moderne et invite le lecteur à réfléchir à ce que sont le Liban et les Libanais(es) aujourd’hui.

À travers l’histoire, une critique de la société matérialiste orientale

Le livre de Jad Abdallah raconte l’histoire d’un jeune homme, Adonis, parti vivre à l’étranger. Il se voit contraint de rentrer dans son pays d’origine (une société méditerranéo-orientale sans nommer le pays) pour protéger un fragment d’une statuette phénicienne suite au décès de son père. De retour dans son pays natal, Adonis a du mal à faire coïncider ses choix de vie personnels avec cette société devenue agressive, dictée par le matérialisme, les apparences et marquée par le déclin socio-culturel. Sur fond d’éléments historiques appartenant à l’ère phénicienne (les Phéniciens sont un peuple antique originaire des cités de Phénicie, région qui correspond approximativement au Liban actuel. Cette civilisation remonte à 1200 et 300 av. J.-C.), l’écrivain évoque le mal-être de son héros, Adonis, dans ses rapports au monde d’aujourd’hui. L’auteur décrit dans cette pure fiction avec un ton satirique assez insolite les problèmes du Liban contemporain et les relations sociales au quotidien (travail, société, famille, hommes-femmes).

Extraits

Adonis monta dans un taxi. Un couple trentenaire était assis à l’arrière de la voiture. La femme, agitée, insultait son conjoint en le traitant à voix basse d’âne et de bon à rien. Le maladroit avait peut-être oublié un sac dans l’avion. Adonis offrit une cigarette au chauffeur qui ne le remercia pas. Il faisait nuit quand il arriva dans le quartier qui était vide à cette heure. Il n’y avait que Boulos qui marchait dans la petite ruelle comme d’habitude en psalmodiant des chants pour la Sainte Vierge. Il tenait à la main une croix en bois. Boulos s’arrêtait de temps en temps et donnait des coups de pied aux chats paresseux qui passaient à côté de lui. Adonis aperçut de nouveau ce personnage mystérieux en costume de coq marchant sur le trottoir. Il fixa Adonis de loin sans bouger.

Le jour commençait affreusement au bureau. Dehors il pleuvait, mais dedans il faisait pire. La collègue d’Adonis sirotait son café rageusement et broyait des biscuits comme un ruminant broutant de l’herbe. Elle énumérait posément les avantages des biscuits français par rapport aux autres douceurs. Les petites cartes qu’elle accrochait derrière son bureau tourmentaient Adonis. C’étaient des cartes avec des notes affreuses et bêtes comme « L’amour est la clé du succès » et « Souris à la vie ». Adonis s’imaginait en dictateur qui bannirait ces bruits de ruminants et emprisonnerait ces gens-là. Il pensa qu’il taxerait les discussions inutiles qui n’ont ni objet ni substance et distribuerait de l’argent aux personnes créatives qui se réjouissent du silence matinal. Ces personnes auraient des enfants qui parlent peu et ne disent pas n’importe quoi pour remplir le vide qui les entoure. Ils n’achèteraient probablement pas les livres du genre « Comment atteindre ses objectifs » ou bien « Les huit habitudes des gens ambitieux » ou bien pire encore « Les leçons d’un yogi végétarien ».

L’écriture comme moyen d’expression

Avant d’écrire ce livre, Jad Abdallah avait composé plusieurs poésies. Adonis chassé du Yoga est son premier roman. Il explique que l’écriture l’aide à mettre ses idées en place et à mieux les visualiser. Exprimer oralement une idée ou une opinion est un exercice difficile. Il faut trouver les détails qui font toute la différence et faire émerger des scènes « invisibles ». En écriture, on peut choisir ses mots et orienter son discours en l’adaptant à son auditoire. Pour son premier roman, l’écrivain puise son inspiration dans son ressenti personnel. Ce sont ses propres doutes, ses propres craintes, ses propres questions que l’on retrouve dans ce roman. Comme il le conclut volontiers « la société actuelle entraîne des éternelles remise en questions chez les individus et les conditionnent à constamment appréhender et craindre le changements ». Une problématique à laquelle tout le monde est confrontée un jour ou l’autre.

Et après ?

Jad Abdallah a de la suite dans les idées. Il pense déjà à son prochain roman, mais ne nous en dira pas plus pour l’instant ! Parallèlement, l’écrivain polymorphe travaille également sur un livre de caricatures qui devrait voir le jour prochainement. Une énergie enthousiasmante !

Où acheter le livre en France ?

Adonis chassé du Yoga – Jad Abdallah – Paru le 24/01/2017 chez Edilivre (142 pages – 13€).

Le livre sortira au Liban en juin et une version anglaise du livre est actuellement en cours de préparation.

Où commander le livre ?

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