EMIRATS ARABES UNIS – MASDAR : Le mirage d’une ville écologique

plan ville masdar
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En 2008, l’émirat d’Abu Dhabi annonçait vouloir dépenser 10 milliards d’euros pour construire la première ville au monde sans émission de carbone ni déchet. Ses dirigeants promettaient 50.000 habitants et 1.500 entreprises. Dix ans après, Masdar abrite quelques centaines de résidents, guère plus.

En arabe, Masdar signifie « la source ». Sise en plein désert, non loin de l’aéroport d’Abu Dhabi, elle est surtout source de déconvenues. Pourtant, le cheikh local, Khalifa ben Zayed Al Nahyane, avait vu grand. Très grand.

Les plans de la cité étaient dessinés par le cabinet d’architectes britannique Foster and Partners selon la structure des médinas traditionnelles. La ville devait être « compacte, carrée et ceinte de murs pour la protéger des vents chauds du désert ». Ses ruelles « étroites, ombragées, bordées de cours d’eau pour les rafraîchir ». Mieux, aucun habitant ne devait avoir plus de 200 mètres à parcourir pour accéder aux commerces et services. La marche et le vélo étaient privilégiés (sachant que les températures peuvent atteindre 51 degrés dans l’émirat). Pour les longues distances, un tramway devait suppléer les voitures.

masdar plan

Masdar la « Silicon Valley des énergies renouvelables »

L’objectif était de recycler la totalité des déchets, de réduire de 80 % l’énergivore consommation d’eau de mer dessalée et de consacrer une partie des eaux usées aux plantations situées à l’extérieur des murs. Les cultures ? Elles devaient servir à l’alimentation et à la production d’agro-carburants. Surtout l’énergie solaire devait approvisionner la ville en énergie.

Quel intérêt pour Abu Dhabi qui possède 8 % des réserves de pétrole mondiales ? « Diversifier notre économie, répondait alors le sultan Al Jaber, directeur de la Compagnie d’Abu Dhabi pour l’énergie du futur. Nous voulons garder notre rôle-clé sur le marché de l’énergie. Il est naturel que nous nous tournions vers celles du futur. »

Masdar était donc destinée à devenir la « Silicon Valley des énergies renouvelables ». « Nous voulons rassembler à cet endroit étudiants, chercheurs, hommes d’affaires, écologistes », expliquait M. Al Jaber. Abu Dhabi érigeait déjà Masdar en vitrine des technologies « propres » : solaire photovoltaïque et thermique, rafraîchissement solaire, énergies éolienne et marine, géothermie, agro-carburants, hydrogène, transports et bâtiments propres, recyclage de l’eau, séquestration du carbone…

A l’époque, l’initiative étonne car elle émane d’un émirat dont l’empreinte écologique est l’une des plus élevées au monde. « Si tout le monde sur Terre s’y situait, nous aurions besoin de cinq planètes pour vivre », explique alors un spécialiste !

masdar ville écologique

Volonté ensablée

Dix ans après, beaucoup de pétrole a coulé dans les oléoducs. Et Masdar a tout d’une ville-fantôme. Certes, la cité abrite l’Irena, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables. Mais la crise financière de 2008 et la baisse du prix du pétrole décidée par l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole ont douché le bel enthousiasme initial. Aujourd’hui, Masdar c’est deux îlots d’une superficie totale de 150.000 mètres carrés autour de l’Institut des sciences et des technologies (MIST en anglais) et l’Irena. Le tout jonché de fondations de nouveaux édifices et de parkings égarés.

En ville, la surconsommation règne avec climatisation à tous les étages et grosses voitures sur le bitume. Le marché de l’immobilier est moribond et quasi-aucun îlot résidentiel n’est bâti. La poussière du désert s’épanouit sur les panneaux solaires et l’irradiance solaire est 20 % inférieure aux projections. La volonté de couvrir la totalité des bâtiments de panneaux photovoltaïques est, elle-aussi, ensablée. Du coup, l’énergie solaire coûte plus cher. Masdar City a révisé ses ambitions à la baisse et ambitionne maintenant non plus une ville « zéro carbone » mais « à faible niveau d’émissions de CO2 ». « Certains éléments étaient inutilement coûteux, or nous devons être durables, y compris sur le plan économique », admet le directeur du projet.

masdar en construction 2012
Masdar en construction en 2012 © Jan Seifert (Flickr)

A la décharge des Emiratis, les choses peuvent aller très vite là-bas. En 1965, Abu Dhabi comptait 3.500 habitants, aujourd’hui, 1,5 million de personnes y vivent. Quand même, on est loin de la fin des travaux annoncée en 2015 au lancement du projet. Prudent, l’émirat d’Abu Dhabi a pris les devants. L’an dernier, il annonçait que Masdar ne serait terminée qu’en… 2030.

Benoît Franquebalme – Équipe Le Fil Rouge

Pour plus d’informations visitez le site internet de la ville de Masdar

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