udaipur cafe

INDE – UDAIPUR : A travers la vie de Balaji, tenancier d’un coffee shop

A 58 ans, Balaji, père de famille et ancien hôtelier d’une caste hindoue reconnue mais pauvre, est fier d’avoir créé l’un des coffee shop les plus appréciés d’ Udaipur. Située à l’extrême sud du Rajasthan, cette petite ville dresse son décor bucolique entre lacs et collines. C’est au bord du lac Fateh Sagar, sur cette jetée bondée où s’entassent les échoppes de rues, les familles indiennes, les odeurs de street food et la brise douce des monts alentour, que Balaji raconte son histoire et répand sa philosophie.

Religion et tradition à Udaipur, les métronomes de la vie indienne

Je suis né dans une famille pauvre, mais de bonne caste ; je fais partie de la strate des vaishyas, les « marchands ». Je vis avec ma femme dans une grande maison d’un quartier chic d’ Udaipur. Ma femme s’occupe de notre foyer. Nous nous sommes mariés suite à l’arrangement de nos deux familles. Mes filles aussi ont fait de bons mariages (arrangés). Elles vivent avec leur mari : l’une vit en Uttar Pradesh (au nord de l’Inde, le long de la frontière népalaise) et l’autre en Amérique Latine. Les mariages ici sont toujours arrangés. C’est la tradition familiale. J’ai aussi un fils : il a une licence de commerce et dirige avec moi le café.

udaipur cafe lac

Je me lève à 8h tous les jours. Suite à ma petite marche matinale pour rester en forme, j’effectue des poojas, pour bénir et protéger ma maison et ma famille. Les poojas, ce sont les rites sacrés et les prières des hindous : nous allumons de l’encens pour purifier le foyer et comme offrande à nos dieux. Chaque famille indienne vénère un dieu préféré parmi le panthéon hindou. Le nôtre est Lord Shiva. Les poojas rythment nos journées, d’ailleurs à la suite de notre entretien je bénirai la boutique. Après la pooja du matin, nous déjeunons en famille, puis je me rends au travail, en scooter le plus souvent. Je passe l’après-midi et la soirée à manager l’échoppe et discuter, puis je rentre chez moi entre 23 heures et minuit.

Il n’y a pas de raccourci vers le succès

A 58 ans – si l’âge a une importance – je crois que je dois ma réussite à mon honnêteté et mon perfectionnisme. J’ai le goût du travail bien fait, et c’est ça qui a fait la différence, car c’est une valeur rare dans les petites villes en Inde. Grâce à mérites, j’ai été repéré tout au long de ma carrière par des hommes qui avaient le pouvoir et l’argent de me faire évoluer.

udaipur balaji portrait

J’ai commencé chauffeur de rickshaw vers 15 ans. Vers 13 ans, alors que je conduisais pour la première fois le camion de mon père, je compris que la conduite serait une de mes passions ! Alors, même si c’était une condition un peu dégradante au regard de ma famille, j’ai voulu travailler. Un hôtelier d’ Udaipur, ami de mes parents, a remarqué la diligence avec laquelle j’effectuais ce « boulot de basse caste ». Il m’a embauché comme chauffeur. En 1975, nous avions déjà un aéroport. Internet, en revanche, n’existait pas ; il n‘y avait donc pas de réservations et le choix de l’hôtel se faisait sur place. C’était à nous, chauffeurs, de convaincre les voyageurs que l’hôtel pour lequel nous travaillions était le meilleur !

Pas à pas, j’ai grandi. J’ai changé d’hôtel. Puis j’ai rejoint l’agence de voyage de l’hôtel le plus mythique de la ville. De simple chauffeur, je suis devenu un peu guide local. J’ai ensuite travaillé avec des compagnies internationales, type Nouvelles Frontières, jusqu’à ce que j’ouvre mon propre hôtel à Mount Abu (station climatique à deux heures d’ Udaipur NDLR) grâce à l’aide financière d’un de mes bienfaiteurs. En 1984, je deviens donc hôtelier.

Un jour dans les années 2000, un ami de mes parents me propose de reprendre la direction d’un restaurant juste ici, sur les hauteurs devant le lac Fateh Sagar. A l’époque, cet endroit était désert : il n’y avait pas cette foule et toutes ces boutiques que l’on voit aujourd’hui. L’affaire étant peu rentable, j’ai décidé de créer quelque chose qui n’existait pas ici. J’ai loué une machine à café quelques heures par jour et je vendais mes boissons ici, juste devant mon restaurant au niveau du lac. Et me voilà aujourd’hui.

lac Fateh Sagar udaipur

Si je n’étais pas passé par la petite porte et ne m’étais pas donné entièrement à ma tâche, à toutes les étapes, jamais je ne serais arrivé à faire tout cela. Aujourd’hui les jeunes pensent pouvoir prendre des raccourcis vers le succès, et parient sur la chance. Pour moi la chance doit se provoquer. C’est la manière la plus noble de réussir.

Le vieux sage du village

Je tiens le café avec mon fils de 22 ans. A vrai dire, c’est lui qui a recherché, et finalement créé, le mélange secret des cafés qui a permis notre renommée. Il s’est aussi occupé de toute la partie marketing et design de l’échoppe. C’est aussi lui qui gère les équipes au jour le jour.

coffee udaipur lac fateh sagar

En ce qui me concerne j’assure maintenant un rôle de surveillant et médiateur. Je veille à ce que mon échoppe reste impeccable et à ce que mes employés travaillent tous en respectant les normes d’hygiène. Ces dernières sont peu nombreuses mais très importantes selon moi. Et puis, comme j’ai fini par connaître tout le monde ici, je mets souvent en relation les personnes qui en ont besoin. Le bouche à oreille, les contacts, les relations d’homme à homme ou entre générations, sont essentielles à la vie quotidienne indienne. En effet les services à la personne sont nombreux mais la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Il vaut mieux connaître du monde. Par exemple, ton amie Anu cherche une colocataire avec qui prendre une chambre. Je lui ai fait rencontrer une jeune fille qui cherche la même chose. A voir si cela matche entre elles maintenant.

Fateh Sagar est devenu un lieu privilégié de sociabilité à Udaipur. C’est plein tous les soirs de 18h à la fermeture vers 23h00. Nous avons été les premiers avec notre café maison servi dans des coupes en terre cuite. Mais la concurrence est venue très vite. Toutes les échoppes se sont installées à notre suite. Il faut donc en permanence évoluer et innover, pour rester le meilleur. C’est grâce aux amitiés que j’ai liées avec des locaux ou des visiteurs de passage que j’arrive à conserver cette place particulière dans le cœur des udaipuriens. En Inde, on se parle de cœur à cœur. L’émotionnel et le spirituel tiennent une place bien plus importante qu’ailleurs, si je ne me trompe pas. Etre le doyen, connaître tous ces gens, c’est pour ça que je fais ce métier !

Juliette Babinet – Equipe Le Fil Rouge

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