ISRAËL : Danielle, une vie en communauté au Kibboutz

danielle
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Danielle est née à Sfax, en Tunisie, en 1942. A 20 ans, elle est membre d’un mouvement de jeunesse socialiste athée, clandestin dans son pays. Malgré les larmes de sa mère qui essaie de la retenir, elle quitte la Tunisie pour rejoindre Israël. A 75 ans, elle nous livre le récit de son quotidien dans un kibboutz communautaire situé tout près de la bande de Gaza. Au gré de ses souvenirs, elle éclaire les évolutions qu’a connues la société israélienne depuis les années 1960 et nous fait part de sa passion pour les arts.

Je vis dans une maison spacieuse avec mon mari Gabriel. Je l’ai rencontré sur le bateau qui m’a mené en Israël alors que je n’avais que 20 ans. Cela fait maintenant 54 ans que nous sommes mariés et 50 ans que nous vivons au kibboutz Zikim, juste en face de la bande de Gaza.

bande gaza depuis kibboutz
La bande de Gaza vue depuis le kibboutz

Nous menons une vie paisible, entourés par le potager dans lequel Gabriel fait pousser des tomates, des citrouilles, de longs haricots que nous appelons « loubia », des figues vertes, des nèfles, des mûres, des mangues. Nous avons l’habitude d’échanger nos récoltes entre voisins. La vie en communauté c’est l’essence même du kibboutz.

Le kibboutz, ou la vie en communauté

Au début des années 1960, j’habitais en Tunisie et je faisais partie du « Chomer Hatsair », un mouvement de jeunesse socialiste qui essayait de recruter des jeunes pour peupler des kibboutzim (pluriel de kibboutz) en Israël. En 1962, au grand désespoir de ma mère, j’ai quitté mon pays pour rejoindre mon premier kibboutz.

Dans un kibboutz on fait le choix de vivre en communauté. Il n’y a pas de propriété privée. C’est la communauté qui pourvoit aux besoins de ses membres. Nous votons pour prendre les décisions. Il n’y a qu’en Israël que l’on trouve ce mode d’organisation.

Aujourd’hui je suis retraitée, mais j’ai longtemps travaillé dans les champs. Je travaillais huit heures par jour et commençais mon travail entre 4h30 et 5h30 selon les saisons. Avec mes camarades, nous avions une pause d’une demi-heure pour le petit-déjeuner puis une autre, toujours de trente minutes, pour le déjeuner. Nous prenions nos repas ensemble dans la salle à manger communale. Nous avions des budgets compartimentés pour subvenir à nos besoins divers : culture, vêtements, etc. Nous ne pouvions pas interchanger les budgets !

Aujourd’hui c’est très différent. Nous prenons seulement notre déjeuner en commun. Il n’y a que les mardis et vendredis qui dérogent à la règle. Ces jours-là, un dîner est servi à la salle à manger commune. Je m’y rends avec mon mari puis je finis la soirée au « modaon », le club du kibboutz, pour rencontrer mes amis. Je sirote mon cappuccino, je mange des biscuits ; je passe du bon temps. Je trouve que pour les retraités c’est un lieu de vie très agréable.

Salle à manger commune dans un Kibboutz
La salle à manger commune

Des standards qui ont évolué

Aujourd’hui le kibbutz n’a plus tout à fait la même allure que pendant ma jeunesse. Les champs se sont beaucoup réduits parce que nous avons échangé des terres contre des dettes que nous avions contractées. Mais aussi parce que les modes de vie ont évolué. Par exemple, sur d’anciens champs nous avons construit des villas pour attirer des familles qui souhaitaient vivre à la campagne. Nous avons aussi dû agrandir les maisons pour répondre aux nouveaux standards. Maintenant, les familles préparent l’essentiel de leurs repas, alors il faut une cuisine spacieuse. Depuis la guerre du Golf, enfants et parents vivent sous le même toit. Forcément il a fallu construire des chambres individuelles pour les enfants. Lorsque j’ai eu mes enfants, notre mode de vie était assez différent.

J’ai trois enfants. A l’époque, tous les trois dormaient dans leur maison d’enfant respective avec des camarades de leur âge. Leur salle de classe se trouvait dans ces maisons. Ils ont eu une enfance très libre, qu’ils se remémorent avec bonheur. Chaque matin, nous allions leur dire bonjour. En fin de journée, après l’école, nous profitions de plusieurs heures en tête-à-tête avant de les ramener chez eux. Là, nous leur chantions des chansons, leur lisions des histoires, les embrassions avant de les mettre au lit. Ensuite la soirée nous appartenait. Nous allions au cinéma, nous dansions, nous passions du bon temps entre amis ; et bien sûr tout ça à l’intérieur du kibboutz !

maison enfants kibboutz
Une des « maisons des enfants » du kibboutz

Le kibboutz, une mini-ville

Le fait de mettre nos ressources en commun nous permet d’avoir des services de qualité. Certains résidents travaillent en ville. Dans ce cas, leur salaire est versé au kibboutz. Nous créons aussi de la richesse à l’intérieur de la communauté grâce à nos deux usines qui emploient des résidents du kibboutz et des ouvriers qui vivent en dehors. Nous avons aussi des plantations d’avocats et une étable qui est très moderne.

Grâce aux revenus que nous générons, nous avons réussi à mettre en place des services qui rendent la vie très facile. Comme je suis retraitée je profite beaucoup des activités et des différents équipements que nous avons à l’intérieur du kibboutz. Par exemple, nous avons une physiothérapeute qui, une fois par semaine, propose du sport adapté aux personnes âgées. Je profite aussi, de temps en temps, de la salle de pilates. Avec Gabriel, mon mari, nous essayons de mener une vie saine, alors nous avons pris l’habitude de nager chaque matin. Nous nous rendons à la piscine après notre petit déjeuner habituel : soupe d’avoine aux fruits secs accompagnée de noix de coco, de graines de chia et de fruits frais de notre jardin.

Soins médicaux, supermarché, cimetière. Nous avons tout sur place ! Mais les Israéliens aiment voyager, que ce soit à l’étranger ou dans notre pays. Alors dans le kibboutz, nous avons un système de véhicules que nous pouvons commander si nous souhaitons nous déplacer. Nous avons des bus et un van qui assurent des liaisons avec la ville voisine de Ashkelon. Nous avons aussi un site internet communautaire qui nous permet de réserver une voiture. C’est pratique et très simple.

kibboutz en fleurs
Le kibboutz toujours en fleurs, avec la « kalnoit », petit véhicule pour faciliter les sorties des vétérans dans le kibboutz

Je suis « Ratatouille »

De manière générale les Israéliens voyagent beaucoup. Après leur service militaire les jeunes entreprennent souvent des séjours à l’étranger pour découvrir le monde. C’est seulement après une longue période de nomadisme qu’ils commencent leurs études universitaires. Avec mon mari, nous aimons nous aussi voyager. Nous avons rendu visite à nos trois enfants qui se trouvent en Amérique du Nord. Nous avons parcouru l’Europe. Nous sommes aussi retournés dans nos pays d’origine, la Tunisie pour moi et l’Afrique du Sud pour Gabriel. Maintenons, nous rêvons de découvrir Saint-Pétersbourg et Moscou. Mais à nos âges, il faut que la santé suive !

Au-delà des voyages, je suis passionnée par les arts : la littérature française mais aussi la peinture. Je peins depuis longtemps, j’aime écrire des poèmes. En ce moment j’ai entrepris l’écriture d’un livre sur un thème que je connais bien : vieillir dans un kibboutz, et prochainement je vais exposer mes peintures au Théâtre d’Ashkelon.

La peinture est au centre de ma vie. J’ai toujours été une femme idéaliste et passionnée. Je crois que ça transparaît dans ma peinture. J’y évoque les problèmes contemporains. Pour moi c’est une manière de m’engager contre l’oppression des femmes, les guerres, la misère. Je suis une humaniste.

peinture danielle autoportrait
Autoportrait de Danielle

Je peins chez moi. Ma maison est devenue mon atelier, envahie par mes œuvres. Heureusement, mon mari partage ma passion et peint lui aussi. Le plus souvent, Gabriel accroche une large planche de bois au mur sur laquelle je tends mes toiles, souvent très larges. J’aime imaginer que je suis comme le petit rat du dessin animé « Ratatouille », je fouine partout pour créer. Je vagabonde sur internet. Je commence souvent par travailler les couleurs. Elles m’évoquent ensuite le vers d’un poème, le paysage d’un tableau ou un nu. Je cherche alors en ligne ces esquisses ou ces peintures et je les incorpore à mes toiles. Je suis Ratatouille !

 

Texte, photos et peinture par Camille Danielle Wortman

5 commentaires


  1. J’aime beaucoup ce que dit Danielle ! je suis comme elle ! un passé à l’hachomer hatzair de France – un départ pour Israel en 1959 et vie au Kibboutz BARAM – mais contrairement à elle – ce que je regrette encore aujourd’hui – je n’ai pas persévéré – je suis rentrée en France et ma vie a pris un autre tour ! si s’était à refaire j’y resterais aujourd’hui ! j’ai une fille qui vit à Jérusalem – très religieuse – 3 petits enfants – 1 autre partie en Australie après avoir tâté de la vie du Kibboutz – 2 petits enfants – 1 fils vivant à Paris – 4 petits enfants mais a aussi passé du temps en Israel je ne sais pas ce qui serait advenu si je m’étais mariée en israêl, eu des enfants nés au Kibboutz ! je ne le saurai jamais ! Danielle a une vie rêvée !

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  2. Cc bonjour Daniel j’aurais aimer vivre en Israël et surtout au kibboutz c’était mon rêves de jeunes filles mais jai rencontrés mon marie et fait ma vie en France que je ne regrette pas mais mes rêves me rattrape et aujourd’hui je suis à la retraite et libre jai choisis de faire un long voyage je part sdv en Israël après Kippour j’aimerais bien vous rencontrer si c’est possible Merci beaucoup pour avoir partager votre histoire a bientôt j’espère j’attend une réponse Merci d’avance

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  3. bonjour j ai 64 ans et je reve de travailler et vivre dans un kibboutz jusqu au bout de ma vie est ce possible

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  4. j ai toujours travaille , maternite puis creation de commerce jusqu a ce jour; je pense a l alya mais pour un kibboutz

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