doda portrait madagascar

MADAGASCAR – ANTANANARIVO : Doda, une vie de taxi

Antananarivo, capitale de Madagascar, est une jungle urbaine que Doda parcourt à bord de son taxi depuis maintenant 20 ans. Sa ville, il la connait par cœur. Entre insécurité et niveau de vie difficile, nous retrouvons à travers son portrait le parcours d’un homme généreux et toujours positif.

Doda a 39 ans, il est chauffeur de taxi dans la ville d’Antananarivo, capitale de Madagascar. Né d’une mère institutrice et d’un père dessinateur, ses parents divorcent alors qu’il a 7 ans. Il grandit avec ses deux frères et sa sœur auprès de sa mère qui leur enseigne la curiosité, le goût de la lecture et la passion de la culture. La ville n’offrant que peu de divertissement culturel, il passe du temps dans les bibliothèques, et se découvre une passion pour l’histoire, la géographie et la culture générale. Après son baccalauréat, il aimerait continuer ses études dans l’aéronautique, mais il faut encore payer la scolarité de ses deux jeunes frères et, faute d’argent, il doit trouver un travail.

Un soir, en 1998, un ami chauffeur de taxi lui propose de l’accompagner dans ses courses. C’est le déclic. Ayant obtenu son permis à l’âge de 16 ans, il se lance lui aussi dans la carrière. Pendant ses deux premières années, il travaille de manière clandestine, puis il finit par obtenir son certificat de taxi ville. Pendant 12 ans, il loue son véhicule à des particuliers à 8.000 ariary – ar – par jour (soit environ 2 euros). Puis, à force d’économies, il achète son propre taxi.

doda ville madagascar

Risquer sa vie la nuit pour éviter les embouteillages le jour

À Antananarivo, ville toujours en proie aux embouteillages le jour, Doda préfère travailler de nuit. Il rejoint chaque jour, en début d’après-midi, son emplacement habituel en plein centre ville, auprès de ses collègues où il passera une bonne partie de la nuit. Entre eux, ils ont mis en place un système de roulement pour les clients. « C’est chacun à son tour », dit-il.

Aujourd’hui, un taxi se fait en moyenne entre 20.000 ar et 30.000 ar par jour, soit environ 7 à 8 euros. Mais certains mauvais soirs, ils arrivent à peine à atteindre les 3 euros. C’est très peu, surtout quand on sait que la vie à « Tana » peut être difficile. Pour Doda le plus dur c’est le coût de la vie, tout est de plus en plus cher. À ses débuts le litre d’essence avoisinait les 810 ar. Aujourd’hui, le prix atteint les 3 650 ar au litre. En réponse, les taxis ont dû augmenter considérablement le prix de leurs courses.

L’insécurité, de plus en plus importante, est le deuxième fléau de la ville. Doda raconte qu’une nuit, témoin d’une attaque armée dans la rue, il est mis en joue par l’un des individus. Arme pointée sur le visage, l’agresseur lui ordonne de ne pas bouger, assurant sa passivité le temps de l’attaque. Il estime qu’à cause de l’insécurité, le nombre de ses trajets la nuit a baissé de 40% depuis ces 15 dernières années. Les habitants, face à cette hausse de cette insécurité, sortent beaucoup moins qu’avant, préférant rester chez eux, ce qui n’arrange pas non plus les affaires.

D’après le dernier recensement, 7.000 taxis circuleraient en ville, pour plus de 2 millions d’habitants. Or seuls 5% de la population auraient les moyens de se payer une course en taxi. Entre concurrence et insécurité, le métier n’est pas simple.

doda et son taxi madagascar

« Mon taxi, je lui dois tout »

Pourtant, interrogé sur les aspects négatifs de son métier, Doda répond sans hésitation qu’il n’y a que du positif. Aujourd’hui, il est totalement satisfait de sa vie. Pour lui, c’est grâce à son taxi qu’il a pu tout construire. Avec son travail, il a pu payer des études à ses frères, aujourd’hui Bac + 4 et même leur trouver un travail. Et surtout, il a pu rencontrer sa femme. Il raconte qu’un jour, un de ses clients lui propose un poste en tant que chauffeur pour personnel dans son entreprise. Poste qu’il occupera quelque temps en complément de son taxi et parmi le personnel, il rencontrera celle qui partagera sa vie.

Pour Doda, la plus grande qualité d’un chauffeur de taxi c’est d’avoir un bon relationnel, d’être commercial. Ses mots d’ordre : toujours avoir un bon comportement, un bon contact avec le client et surtout être honnête ! Et il le fait à la perfection. Il sait adapter son comportement au client, comprendre quand il est préférable de garder le silence ou quand le moment est propice pour un petit échange, une petite discussion. Grâce à ce savoir-être, il arrive à prendre des contacts, à avoir des clients réguliers, à faire des rencontres qui lui donneront, parfois, un coup de pouce dans son quotidien. C’est sans aucun doute qu’il affirme « Mon taxi, je lui dois tout. »

Aujourd’hui Doda continue ses courses à travers les routes abimées de la ville aux douze collines. Sa ville, il la connait par cœur, le moindre chemin, le moindre quartier. Il aime son travail et envisage même de continuer à sillonner les rues de Tana au moins jusqu’à ses 60 ans !

 

Charlotte Vaissaud – Équipe Le Fil Rouge

Vous avez aimé ce portrait? Découvrez le blog de Charlotte et sa page Facebook 

Un commentaire

  1. Tohizo ny ezaka ary tongava amin’ ny tanjona iriana, mankahery sy mirary soa, Andry

Faites nous part de votre avis

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

x

Check Also

udaipur cafe

INDE – UDAIPUR : A travers la vie de Balaji, tenancier d’un coffee shop

A 58 ans, Balaji, père de famille et ancien hôtelier d’une caste hindoue reconnue mais ...

Le Fil Rouge
  • Le fil rouge Logo