QUEBEC – Le Moving day : Le 1er juillet, c’est le jour du déménagement !

Dans la Belle Province, le contrat de location expire généralement le 30 juin de chaque année. Le lendemain, il est presque impossible de circuler en ville tant les rues sont remplies de déménageurs.

Chaque année, entre 200 000 et 250 000 ménages québécois changeraient de domicile début juillet. Sur 8 millions d’habitants, c’est pas mal. Les trois quarts des mouvements annuels auraient lieu à ce moment ! Cette tradition du Moving Day est vivace. Cela permet notamment d’éviter le déménagement au milieu de l’année scolaire.

Le phénomène est particulièrement important dans les grandes villes comme Québec ou Montréal où le nombre de locataires dépasse les 50 %. Pour déménager, on peut alors opter pour les services d’un professionnel, les bras des copains ou même… des déménageurs en vélo. Pendant cette folle journée du 1er juillet, les rues sont envahies par les pick-up, trucks et autres camionnettes de fortune et les trottoirs se remplissent de bibelots et autres encombrants dont les locataires veulent se débarrasser.

Une aubaine pour les brocanteurs !

Les locataires désargentés (souvent des étudiants) n’ont alors plus qu’à faire leur marché gratuitement dans la rue pour remplir leurs nouveaux « home sweet home ». Mais tout ne trouve pas preneur et près de 60 000 tonnes de déchets sont ramassés ce jour-là rien qu’à Montréal. Dans les jours précédents, la municipalité communique massivement pour inviter ses administrés à déposer leurs encombrants dans les écocentres.

Ce grand remue-ménage donne lieu à des scènes cocasses. Il n’est pas rare de voir les anciens locataires sortir par devant, alors que les nouveaux entrent par l’arrière ! Certains s’entendent aussi avec leurs remplaçants pour entreposer du matériel dans une chambre le temps de trouver un nouveau point de chute.

 

Un phénomène typiquement québécois

Ailleurs au Canada, les dates de début et de fin des baux sont davantage étalées sur l’année. Mais au Québec, si la loi ne prescrit aucune date, les propriétaires tiennent mordicus à un bail du 1er juillet au 30 juin. Quand un locataire loue son logement en mars, les propriétaires poussent souvent pour ajouter trois mois au premier bail afin qu’il prenne fin le 1er juillet. Autre avantage, ce jour est férié puisque c’est aussi celui de la fête nationale canadienne. « C’est un jeu de chaises musicales, et il faut que tout le monde joue en même temps et au son de la même musique, résume un expert dans le journal local, Le Soleil. Les proprios aiment qu’il y ait une date uniforme, car ça crée une plus forte demande pour leurs biens ». Par le passé, dans un contexte de forte pénurie de logements, la situation a parfois donné lieu à des scènes dramatiques quand des familles se retrouvaient en même temps à la rue. Aujourd’hui, 13 % des Québécois déménagent dans l’année (10 % en France) contre 50 % dans les années 90 !

Un peu d’histoire

Les Québécois ont toujours eu la bougeotte. Dès le XVIIIe siècle, les baux s’étalaient sur trois ans à Montréal et les gens restaient rarement plus d’un bail ou deux. En 1866, le Code civil du Bas-Canada stipulait que tous les baux devaient s’étaler du 1er mai au 30 avril. En 1974, les lois imposant une durée aux baux ont été abrogées par le gouvernement mais tous les baux existants ont en même temps été prolongés automatiquement de deux mois, jusqu’au 30 juin. Voilà l’origine de la tradition que l’on connaît aujourd’hui.

Ce Moving Day a autrefois eu son équivalent à New York. Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, un million de personnes déménageaient en même temps au 1er octobre ! Et ce dans le chaos le plus total ! Au début de la Deuxième Guerre mondiale, la majorité des employés des compagnies de déménagement part combattre et la pratique prend fin. Après 1945, le retour massif des militaires génère une pénurie de logements et achève le Moving Day de Big Apple. Son cousin québécois est lui en pleine forme. Alors, si vous êtes sur place le 1er juillet et que vous voulez faire un peu de muscu, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Benoît Franquebalme – Equipe Le Fil Rouge

Un commentaire

  1. Article super intéressant! Je n’étais pas du tout au courant! ici, à Bruxelles, on déménage quand on veut…

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