MOZAMBIQUE : Le parc Gorongosa revit grâce à un mécène américain

MOZAMBIQUE : Le parc Gorongosa revit grâce à un mécène américain
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Dévastée par la guerre civile, la réserve animalière du parc Gorongosa semblait promise au braconnage et au pillage. Jusqu’à ce que, il y a dix ans, le philanthrope et millionnaire Greg Carr la survole en hélico.

Quel rapport y a-t-il entre un fournisseur d’accès Internet des années quatre-vingt-dix et un gnou ? A priori aucun. Pourtant, si aujourd’hui des centaines de ces sympathiques ongulés paissent paisiblement au bord de la rivière Urema, c’est grâce à Prodigy. Gregory C. Carr a fait sa fortune avec cette entreprise spécialisée dans les messageries vocales. En 1998, à 39 ans, il revend ses activités pour démarrer une nouvelle vie. Oui mais laquelle ? A Harvard, Greg rencontre le président mozambicain Joaquim Chissano, premier à être démocratiquement élu dans ce pays cadre d’une guerre civile entre 1976 et 1992. Celui-ci lui fait part de la détresse de son pays, l’un des dix Etats les plus pauvres au monde. Carr se dit que ses 200 millions de dollars d’économies pourraient aider l’ex-colonie portugaise.

En 1999, il loue un hélicoptère et survole les parcs nationaux du pays. Ou ce qu’il en reste. A l’endroit où s’achève le Grand Rift africain, au cœur du pays, il découvre le Gorongosa, un Eden perdu large de 4000 kilomètres carrés, la moitié de la Corse. La guerre a éradiqué 60 % de sa faune, 90 % de ses grands mammifères. Les éléphants étaient 2500 en 1972 et moins de 200 en 2000. Les buffles (14 000 au début de la guerre) ne se portent guère mieux. Mourant de faim, la population a tué une bonne partie des bêtes. Autant dire que le tourisme, florissant avant le conflit, n’est plus qu’un lointain souvenir.

Hyène rayée et vautour à dos blanc

Natif du sauvage état de l’Idaho, au pied des Rocheuses, Greg Carr sait reconnaître la beauté quand il la voit. Géant assommé, le Gorongosa ne demande qu’à se réveiller. L’homme d’affaires reconverti commence par distribuer ses dollars puis, en 2006, signe un accord de cogestion entre sa fondation et le gouvernement mozambicain pour vingt ans.

L’ex-magnat du Net ne lésine pas : chaque année, il investit 3 millions de dollars (2,7 millions d’euros) dans le Gorongosa où il vit la moitié du temps. Et les résultats sont là. Plus de 430 animaux ont déjà été réintroduits. Surtout des buffles et des gnous, mais aussi une quinzaine de zèbres et des éléphants. Certains viennent du zoo de Boise (capitale de l’Idaho) comme la hyène rayée ou le vautour à dos blanc. Il y a déjà plus de crocodiles et d’antilopes africaines qu’avant la guerre. Nul besoin de marcher à quatre pattes pour être aidé. Carr finance aussi des cliniques mobiles, des programmes agricoles et une centaine d’écoles pour les 150 000 habitants vivant dans et autour du Gorongosa. Mais les périls demeurent.

A l’abri des Kalachnikov, pour l’instant

Premier danger, le braconnage. Le marché chinois continue d’alimenter les trafics d’ivoire et de corne de rhinocéros. Grâce à l’argent de Greg Carr, le parc dispose de 150 rangers et de technologies sophistiquées comme des caméras, des GPS et une surveillance aérienne.

En 2005, le parc a accueilli 1000 visiteurs, 7 000 en 2012. En bon businessman américain, Greg veut développer le tourisme dans ce coin perdu du Mozambique et y ouvrir des camps de luxe. Ce sera bientôt le cas avec le Muzimu Tented Camp qui proposera six tentes en semi-dur, au bord de la rivière Mussicadzi. Si les Kalachnikov continuent à se taire.

C’est le deuxième danger qui plane sur la renaissance du Gorongosa. Depuis 2013, la Renamo, l’ancienne guérilla a repris les armes contre le pouvoir mozambicain incarné par le Frelimo, parti aux manettes depuis l’indépendance du pays en 1975. Le chef de la Renamo, Afonso Dhlakama, se cache dans les montagnes qui jouxtent la réserve et l’armée se masse autour. Terrifiées, les populations locales se sont, en partie, réfugiées à l’intérieur du parc, pour l’instant préservé des combats. Cet afflux de population favorise le braconnage et la déforestation. En décembre 2016, une trêve a été actée qui tient toujours au moment où nous écrivons ces lignes. Les gnous croisent très fort leurs sabots pour que cela dure.
Texte et visuels par Benoît Franquebalme – Equipe Le Fil Rouge

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