AFGHANISTAN : Les joueuses de football livrent un combat pour la liberté 

Afghanistan joueuses de football féminin liberté
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Après l’effervescence de la Coupe du monde de football il y a quelques semaines, difficile d’imaginer que dans certains pays taquiner le ballon rond puisse relever de l’exploit. Pourtant, en Afghanistan être femme et jouer au football ne font pas bon ménage. Depuis 2007, crampons aux pieds, les joueuses de football de l’équipe afghane donnent tout pour représenter leur pays et promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes. Un parcours semé d’embûches.

Des entraînements par téléphone

Depuis 2016, les joueuses de football de l’équipe afghane ont une entraîneuse officielle : Kelly Lindsey, ancienne joueuse de la sélection états-unienne. Une petite révolution qui a permis à l’équipe de gagner une vingtaine de places dans le classement mondial. Pas encore suffisamment pour se classer dans le top 100, ce qui leur permettrait de concourir aux sélections internationales ; mais, avec leur 106e place, le rêve semble à portée de mains.

Afghanistan joueuses de football féminin liberté
Equipe de football afghane

Pourtant, les jeunes femmes n’ont pas la tâche facile. Première difficulté, les entraînements se font la plupart du temps par téléphone et par mail. Pour des raisons de sécurité, Kelly Lindsey n’a encore jamais mis les pieds en Afghanistan : il faut dire que, près de 17 ans après la chute des talibans, le pays est frappé quasi quotiennement par des attentas sanglants.

Autre problème de taille, l’équipe est rarement au complet. Si quelques joueuses vivent toujours en Afghanistan, plusieurs d’entre elles ont dû fuir leur pays et vivent désormais en Europe, en Australie ou en Amérique du Nord. Plusieurs fois par an (dans le meilleur des cas) les joueuses se retrouvent pour quelques jours d’entraînement dans des pays voisins. Mais difficile d’aligner des performances quand « certaines joueuses n’ont jamais eu l’opportunité de s’entraîner sur des terrains grandeux nature », explique la coach.

« Jouer au foot, une lutte pour les droits des femmes »

Mais jouer et représenter officiellement l’Afghanistan (depuis 2016 l’équipe est soutenue par la fédération afghane de football) représentent déjà en soi une victoire. Dans un pays où les femmes sont encore considérées par beaucoup comme des citoyens de seconde zone, « jouer au football c’était d’abord un loisir mais c’est devenu une lutte pour les droits des femmes » raconte Khalida Popal, ancienne capitaine de l’équipe.

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Aujourd’hui refugiée politique au Danemark, c’est elle qui est à l’origine de cette équipe. À 16 ans, motivée par une mère professeure de sport et soutenue par ses frères, Khalida rêve de jouer au foot. Malgré les regards réprobateurs, les insultes, les crachats, elle tape le ballon à l’école avec quelques amies après les cours. Déterminée, elle parvient à convaincre des jeunes filles (et surtout leur famille) de rejoindre la première équipe féminine de football d’Afghanistan. Mais son engagement n’est pas du goût de tous. En 2011, alors que les menaces de mort à son encontre se multiplient elle est contrainte de quitter son pays.

Consciente que « dans un pays où les filles sont peu scolarisées, où l’accès aux soins est difficile et où les femmes sont constamment victimes de violences, jouer au football [pour des femmes] est un combat », l’association Soccer Without Borders (Football sans frontières) soutient l’équipe depuis 2016. Les joueuses de football sont un modèle pour les femmes afghanes qui commencent à entrer dans les stades pour supporter leur équipe favorite. Ces footballeuses font bien plus que représenter leur pays. Elles montrent à toute une nation que des femmes peuvent assurer un rôle de leader ; elles élargissent ainsi les opportunités pour les filles, au-delà du rôle que la société leur impose.

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Si pour les membres de l’équipe féminine de football « jouer est une question de vie ou de mort », comme l’expliquait Kelly Lindsey début 2018, pour toutes les femmes d’Afghanistan c’est un formidable espoir de liberté et de paix.

T.F. – Équipe Le Fil Rouge

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