AFRIQUE DU SUD : Cape Town, capitale de l’art moderne en Afrique ?

AFRIQUE DU SUD : Cape Town, capitale de l’art moderne en Afrique ? Zeitz MOCAA
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Depuis novembre 2017, Cape Town appartient au club très sélect des villes ouvertes à l’art contemporain. Elle abrite désormais son propre musée d’art moderne, premier du genre sur le continent africain. Époustouflant d’originalité par sa forme et par son contenu, le Zeitz Museum of Contemporary Art Africa (MOCAA) marque un tournant dans l’histoire d’amour qui unit l’art à l’Afrique.

En rassemblant les formes d’art contemporain d’un continent entier (Afrique et diaspora), le MOCAA permet de positionner celui-ci sur la scène internationale. Entre Londres, Venise et New-York, les passionnés et collectionneurs d’art moderne ont désormais un pied à terre en Afrique.

Une seconde vie pour un lieu emblématique de la ville

Cape Town possède un front de mer très prisé et très fréquenté. On y trouve un gros centre commercial, un yacht club, différents centres nautiques, des restaurants et bars branchés. Au milieu de cet espace commercial vivant, un imposant silo à grains se dresse entre les magasins.

Construit dans les années 1920, ce bâtiment industriel a joué un rôle important dans l’histoire de la ville du Cap. On y a stocké, pendant des dizaines d’années, les céréales qui nourrissaient les habitants de la ville. En évoluant, l’industrialisation céréalière a trouvé d’autres modes de stockage et l’utilité du silo à grains a été, petit à petit, remise en question. Cette énormité de béton, d’une hauteur de 57 mètres a vu son activité se réduire pour cesser complètement.

AFRIQUE DU SUD : Cape Town, capitale de l’art moderne en Afrique ? Zeitz MOCAA
© Axxter99 / Wikimedia Commons

Hors service depuis les années 2000, sa réhabilitation était l’une des priorités de la municipalité. Fallait-il le détruire ou le transformer? En 2010, la société V&A Waterfront, en charge de la gestion du périmètre du front de mer,  missionne une agence d’architecture pour trouver une nouvelle utilité au silo. Au même moment, la Zeitz Foundation cherche un lieu permanent pour accueillir ses collections d’art contemporain d’Afrique et de sa diaspora. Les deux programmes coïncident, la décision est alors prise de transformer le silo en musée.

Transformation architecturale

Pour les architectes en charge du projet (l’agence londonienne Heatherwick Studio), le silo est un formidable cadre à exploiter.  Bâtiment industriel historique à Cape Town, il présente de nombreux avantages pour être reconverti en musée d’art. Les concepteurs décident de garder les 42 tubes à grains géants pour les transformer en galerie d’exposition. Le hall central du silo est retaillé en forme de grain et relié aux tubes, permettant d’offrir un gigantesque hall d’accueil naturellement éclairé par la lumière déversée par les tubes à grains.

9 étages sont aménagés pour une surface de plus de 9.500 mètres carrés d’espace d’exposition. Un toit-jardin est également conçu, offrant au visiteur une vue incroyable sur la célèbre Montagne de la Table (table mountain), le massif qui surplombe la ville et le front de mer. Un énorme chantier de réhabilitation qui aura duré 4 ans et coûté 32 millions d’euros au pays mais qui aura aussi permis au mythique silo de renaître et de commencer une nouvelle vie.

Une ode à l’art africain

En Afrique, on inaugure plus facilement des ponts et des barrages que des expositions d’art contemporain. Pourtant, l’Afrique est une vraie terre de production artistique et c’est ce que le Zeitz MOCAA cherche à rappeler au monde.

Le Zeitz MOCAA expose la collection privée de Jochen Zeitz, ancien PDG de chez Puma et grand collectionneur d’art africain. L’homme d’affaires allemand est tombé amoureux de l’Afrique, il y a plus de 30 ans. Passionné par l’art contemporain, il a passé une partie de sa vie à rassembler les œuvres d’artistes africains.  En 2008, Jochen Zeitz décide de créer la Zeitz Fondation pour rendre accessible au public, sa collection d’art privée. Selon lui, l’art est une source de richesse qui doit se partager avec le plus grand nombre.

AFRIQUE DU SUD : Cape Town, capitale de l’art moderne en Afrique ? Zeitz MOCAA
Richard Mudariki. Le nouveau fermier et sa femme © Zeitz MOCAA

Mais où exposer cette collection ? Où serait-elle le mieux mise en avant ? Où a-t-elle le plus de chance de trouver un public réceptif ? A ces questions, l’Afrique du Sud apparaît comme une évidence. Rien de plus logique que de restituer ces œuvres africaines à l’Afrique et de les ramener chez elle. “Quand on y repense, ça coule de source” expose Robert Redford, mécène du Zeitz MOCAA. “Nous n’aurions pas pu imaginer meilleur endroit que Cape Town pour représenter l’art africain mais aussi pour attirer les artistes internationaux”.

La question de l’accessibilité de sa collection d’art au plus grand nombre est un des points les plus importants pour Jochen Zeitz. L’art doit être accessible à tous et c’est pourquoi une fois par semaine, la visite du musée est gratuite pour tous les titulaires de passeports africains.

Critiques au projet

Établir un tel centre d’art à Cape Town plutôt que dans une autre ville africaine n’est pas une idée qui a séduit tout le monde. Beaucoup prétendent que Cape Town est une ville méridionale qui se situe bien en Afrique mais qui ne représente pas bien l’Afrique.

Les problèmes raciaux et sociaux qui existent en Afrique du Sud depuis toujours ont fini par atteindre la légitimité de la création du musée. Les opposants au projet se sont dressés contre le coût élevé du chantier et contre le fait que la gestion du musée n’était pas assez ouverte aux personnes noires (les architectes viennent de Londres, les mécènes d’Allemagne,…). Ils ajoutent que l’emplacement même du musée ne prend pas en compte toutes les classes sociales: le front de mer de Cape Town est un quartier cher de la ville dans lequel la moitié des habitants ne se rend jamais.

AFRIQUE DU SUD : Cape Town, capitale de l’art moderne en Afrique ? Zeitz MOCAA
© Zeitz MOCAA

Si les contestataires exposent que le Zeitz MOCAA n’est pas un lieu culturel construit à l’image du continent africain, d’autres préfèrent voir le bon côté des choses et rappeler que donner une place à l’art contemporain en Afrique est déjà un grand pas en avant. L’artiste sud-africaine Thania Petersen refuse de s’arrêter aux questions de couleurs de peaux ou de classes sociales, pour elle, ce qui compte, c’est l’art “la seule façon de changer les choses, c’est d’être présent dans ces espaces”. “Au moins à présent, une voix est donnée aux artistes africains quelle que soit leur couleur de peau”.

Comme partout dans le monde, l’art est une forme d’expression  qui ne doit pas être bloquée par des revendications sociales ou sociétales et qui s’apprécie subjectivement.

Jérémie Péraud pour My Chic Africa

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