ALGÉRIE : Ali Amran, le poète rockeur de la nouvelle scène algérienne

Ali Amran
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Né en Algérie à la fin des années 1960, Ali Amran est l’un des piliers de la nouvelle scène algérienne. Avec des chansons aux tonalités résolument rock, il contribue depuis les années 1990, et dans la lignée des Idir ou des Lounès Matoub, au renouveau de la musique traditionnelle kabyle. En pleine production de son cinquième album, il continue de se produire sur scène à travers l’Europe et l’Algérie.

Croiser les influences musicales pour une chanson rock et engagée

« Finie la galère. Cette fois, c’est la bonne. Ma chance a forcé le destin. Je vais partir enfin. J’ai tous les papiers. Pour embarquer. Pour débarquer, par contre. C’est pas gagné. » C’est sur ces paroles où s’entremêlent espoir et peur de l’inconnu que s’ouvre le premier couplet de « Tabalizt » (La valise) de l’album éponyme d’Ali Amran, sorti en 2016. À presque 50 ans, le songwriter algérien, comme il se présente, chante les rêves de ceux restés au bled et les désillusions de ceux qui ont atteint l’autre rive de la Méditerranée.

Ali Amran
© J.M. Sicot

En 2001, il sort son premier album Amsebrid (Le Routard). Depuis, il égrène au son de sa guitare acoustique des textes engagés qui l’inscrivent dans la lignée des grands artistes kabyles, comme Idir ou Matoub Lounes, qui ont révolutionné en leur temps la chanson kabyle. « Globalement, je chante des thèmes liés à la situation sociale et politique de mon pays. Ça va du marasme généralisé de la jeunesse, à l’exil massif qui a touché ma génération et celle qui a suivi, en passant par la place de la femme dans la société, la violence et d’autres questions. »

S’il reste, d’une certaine manière, dans la mouvance de la chanson politique de ses aînés, en revanche il a marqué un vrai tournant dans la chanson kabyle. Teintés d’influences folk rock, ses chansons n’ont pas grand chose à voir avec celles des maîtres de la musique kabyle moderne. « Je fais de la chanson kabyle à la manière anglo-saxonne. J’aborde la mélodie, qui reste typiquement nord-africaine, du point de vue de la musique rock. J’avais besoin de faire le lien entre la musique traditionnelle de mon enfance et la musique occidentale que j’ai découvert plus tard en écoutant des artistes et des groupes comme The Beatles, Pink Floyd, U2, Simon and Garfunkel, Francis Cabrel, Cat Stevens, etc. »

Et à en croire le succès de ses concerts en Algérie ou en Europe, cette tonalité rock a trouvé son public ! Après quatre albums produits en solo, Ali Amran est en pleine production de son cinquième opus qui marque l’aboutissement de sa démarche artistique entamée dès ses premiers enregistrements.

Un autodidacte en soif de liberté

Sa carrière débute à l’aube des années 2000. Mais Ali Amran n’est pas un novice. Originaire d’un petit village des montagnes de Kabylie, Igariden, situé à une quinzaine de kilomètres de Tizi-ouzou, il joue déjà de la musique traditionnelle à 12 ans. Ce n’est qu’au lycée qu’il découvre la musique occidentale et qu’il délaisse le mandole pour la guitare. Mais ce n’est qu’après avoir abandonné sa thèse en Langue et Culture Amazighs, à la fin des années 1990, qu’il décide de se consacrer pleinement à la musique. « J’ai d’abord composé des chansons dans le genre traditionnel, mais sans les porter en tant qu’interprète tant je ne me voyais pas comme un chanteur traditionnel. En fait, j’ai commencé à chanter assez tard, avec quelques apparitions au début des années 90. »

Ali Amran
© J.M. Sicot

Mais pourquoi un tel changement de cap ? Ali Amran s’explique : « J’ai choisi d’être chanteur pour pouvoir m’exprimer et faire mon travail librement, de la manière qui me semble la plus appropriée – sans les contraintes hiérarchiques et surtout sans l’allégeance qui s’impose quand on veut atteindre un haut niveau dans nos systèmes politiques basés sur le clientélisme ; mais aussi et surtout pour affirmer mon identité et apporter ma petite pierre à la valorisation et à la vivification de ma langue et de ma culture qui sont malmenées par les États nord-africains dont elles forment pourtant le substrat culturel et civilisationnel le plus ancien. »

Du souffle pour une Kabylie à l’étroit

Porte-étendard de la culture berbère, Ali Amran chante en Kabyle, sa langue maternelle. Mais il est aussi particulièrement attaché au patrimoine musical de sa région natale, qu’il cherche à faire connaître au-delà des frontières algériennes. « Dans les années 1970, un grand mouvement de modernisation de la musique kabyle a été initié par de jeunes artistes aujourd’hui consacrés. Mais la problématique n’est pas épuisée pour autant. Une partie du répertoire, notamment le style Chaabi, n’a pas été touchée par ce mouvement. C’est ce que j’ai voulu aborder en reprenant dans mon troisième album « Akk’ i d Amur ! » trois chansons anciennes avec des arrangements et un son pop rock. »

Si ses chansons se placent régulièrement en tête des classements musicaux algériens, le chanteur a dû quitter l’Algérie pour entamer sa carrière. « Il n’y a pas d’industrie de la musique à proprement parler en Algérie. Il y a un système de distribution de disque assez anarchique qui diffuse une production faite globalement à compte d’auteur. Pour le côté live, les programmations se font à l’occasion d’événements ponctuels et les salles de concert équipées sont rares. Ce n’est pas facile dans ces conditions d’atteindre un niveau appréciable dans le métier. Mais il est toujours possible de faire une carrière locale. »

Ali Amran
© M.Mosteghanemi

« L’Algérie est un beau pays très mal géré. Toute l’énergie de sa jeunesse part dans la débrouille et les petites combines. Il y a un gros problème de gouvernance. Mais le problème de fond reste celui de son identité. A l’instar des autres Etats nord-africains, l’Algérie se définit officiellement comme un pays arabo-musulman alors que son histoire et son identité profonde sont berbères. Cette volonté maladive d’appartenir à un monde arabe qui n’existe que dans la tête de ses idéologues bloque toute possibilité d’émancipation régionale et d’intégration de cette région dans son milieu naturel qui est l’espace méditerranéen et africain. Dans ces conditions, la Kabylie qui reste foncièrement berbère ne peut que se sentir à l’étroit. »

T. F. – Équipe Le Fil Rouge

Un commentaire


  1. Ali est un chanteur authentique, il adore
    x , son amour pour la poésie et le pop-rock est insatiable . J’en suis persuadé que son prochain album sera comme d’habitude génialissime.

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