AMÉRIQUE DU NORD : Le Monarque, un migrateur en voie de disparition

AMÉRIQUE DU NORD : Le Monarque, un migrateur en voie de disparition
  • 33
    Shares

Le monarque ou Danaus plexippus est un papillon hors du commun. Familier des prairies et des forêts canadiennes, il migre chaque année sur plusieurs milliers de kilomètres pour passer l’hiver dans les forêts épineuses du Mexique. Menacé par le réchauffement climatique et par une agriculture intensive qui dégrade son habitat, il est aujourd’hui menacé de disparition.

Un papillon flamboyant mais toxique

Le Danaus plexippus, communément appelé papillon monarque, arbore des ailes chatoyantes du rouge vif à l’orange, parcourues de veines et d’un liseré noirs tachetés de blanc. Mais ne vous y trompez pas, s’il a belle allure ce n’est pas pour charmer ses congénères. Au contraire ! Le monarque dispose en fait d’un gène de la couleur qui vise plutôt à mettre en garde d’éventuels prédateurs. Au stade de chenille, il se nourrit en effet d’asclépiade, une herbacée vivace très répandue au Canada qui a aussi la particularité d’être toxique (sauf pour le monarque donc !). Devenu papillon, il conserve cette toxine dangereuse pour les autres espèces : un bon moyen d’éviter le pire.

Originaire d’Amérique du Nord, il se trouve aussi en Océanie et dans la zone Pacifique, notamment en Australie et en Nouvelle-Zélande. Alors qu’il mesure entre 9 et 12 centimètres les ailes déployées, il ne pèse pas plus de 0,5 gramme. Pourtant, au cours de sa vie il peut multiplier son poids par dix. Un gabarit indispensable pour réussir l’épreuve de la migration (environ deux mois sont nécessaires pour atteindre le sud) et passer l’hiver dans les forêts mexicaines.

monarque groupe

 

Une migration sur trois à cinq générations

Si le monarque n’est pas la seule espèce de papillon à migrer il se distingue en revanche par la distance parcourue. Il migre en effet sur 2.000 à 5.000 kilomètres entre le Canada et le Mexique : c’est le deuxième insecte migrateur qui parcourt la plus longue distance. Chaque année, ce sont des millions d’individus qui, entre août et octobre se mettent en route vers la Californie ou les forêts du Michoacán (en moyenne ils parcourent 120 kilomètres par jour !).

Au Mexique le spectacle est saisissant : les pins oyamel disparaissent sous les essaims de papillons. Dix sites principaux d’hibernation ont été recensés dans le pays : quatre d’entre eux ont été labellisés Réserve de la Biosphère du papillon monarque.

Bien sûr le caractère massif de cette migration est spectaculaire. Ce qui est surtout incroyable toutefois, c’est que cette migration n’est possible que grâce à plusieurs générations de monarques. Si l’intégralité du voyage vers le sud est assurée par un même individu, ce sont en revanche les descendants de ces premiers migrateurs qui s’engagent sur la route du retour. En moyenne le monarque vit quatre à cinq semaines (seuls les spécimens qui assurent la descente vers le sud vivent deux mois) : ce sont donc plusieurs générations qui se succèdent pour atteindre les beaux jours canadiens.

monarque chenille

 

Une migration menacée

Cette prouesse, qui est aussi une énigme scientifique, est pourtant en danger. Une étude réalisée par le Fonds mondial pour la nature indiquait que le nombre de papillons recensés au Mexique l’hiver 2013 était le plus faible depuis 20 ans. Contrairement à 2003 où les papillons occupaient près de 28 acres, ils n’occupaient, dix ans plus tard, plus que 1,65 acre : un territoire réduit qui révélait une chute vertigineuse des effectifs. Très concrètement à la fin des années 1990, environ 1 milliards d’individus migraient vers le Mexique. En 2014, seuls 35 millions auraient entrepris le voyage. Devant ces chiffres alarmants, l’espèce a été ajoutée à la liste des espèces en voie de disparition.

Comment expliquer ce phénomène ? Par le réchauffement climatique qui modifie les caractéristiques des habitats du papillon monarque ou par l’utilisation abusive de pesticides dans l’agriculture canadienne qui aurait entraîné la diminution drastique de l’asclépiade dont la chenille se nourrit. L’agriculture intensive est aussi en cause côté mexicain. La déforestation massive pour planter des avocatiers conduit à la disparition des massifs de pins qui accueillent traditionnellement le monarque en hiver.

Mais tout n’est pas perdu. Scientifiques et citoyens se mobilisent pour la sauvegarde ce papillon emblématique et fascinant. La plateforme collaborative « mission monarque » permet ainsi de localiser les individus et leur plante favorite, l’asclépiade. Mieux connaître l’habitat de reproduction du monarque au Canada, c’est explorer des pistes pour préserver cette espèce.

Héloise B. – Équipe Le Fil Rouge

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *