ARGENTINE : « Doom Fetito » un jeu vidéo polémique pour dire oui à l’avortement

ARGENTINE : « Doom Fetito » un jeu vidéo polémique pour dire oui à l’avortement
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Si vous êtes fan de jeu vidéo vous connaissez surement « Doom », le célèbre jeu de tir en vue. Alors que la campagne pour l’avortement a déchaîné les passions en Argentine, une jeune militante pro-choix, a créé « Doom Fetito », un jeu vidéo où le but est de tuer un fœtus géant ! 

Fœtus, soldats nazis, prêtres et militantes pro-vie

Adepte de Doom vous ne devriez pas avoir de problème avec « Doom fetito » (littéralement « Doom petit fœtus »). Pour les autres, un conseil, munissez-vous de votre second degré. Dans ce jeu vidéo un peu spécial, l’objectif est d’éliminer un fœtus. Pour cela, au préalable le joueur doit exterminer prêtres, soldats néo-nazis et militantes pro-vie. La récompense ultime si la mission est accomplie ? Du misoprostol, un médicament utilisé pour pratiquer des interruptions volontaires de grossesse.

Florencia Rumpel la créatrice de « Doom Fetito » est une journaliste argentine spécialisée dans les jeux vidéos. Militante féministe, elle explique la genèse de cette idée. « Le 25 mars dernier les ultra-conservateurs argentins ont manifesté contre l’avortement. Parmi ceux qui ont défilé se trouvaient : une femme qui proposait de distribuer des bébés en plastique pour lutter contre l’avortement, des néo-nazis et des catholiques. Ils ont tous marché à côté de cette chose. » Cette chose ? Un immense fœtus de carton que les militants pro-vie ont exhibé lors de leur marche. « Ce que ces personnes qui militent contre les droits humains ont fait était ridicule et quelqu’un devait le dire haut et fort ! » poursuit-elle.

ARGENTINE : « Doom Fetito » un jeu vidéo polémique pour dire oui à l’avortement
© Diego Iglesias

Un jeu honteux et de mauvais goût

Sa démarche n’est pas passée inaperçue. Le camp adverse s’est empressé de dénoncer un « jeu honteux et de mauvais goût. » Silvina Spataro, directrice de communication de la plateforme internationale pro-vie CitizenGo a déclaré, qu’il « était nocif parce qu’il anestésie la conscience des enfants et adolescents, dévalorise la vie et fait de ceux qui défendent la vie les ennemis. »

Pas de quoi impressioner Florencia Rumpel qui avait déjà créé un jeu (moins trash) pour dire oui à l’avortement libre et gratuit. Dans ce premier opus elle mettait en scène une collègienne qui se découvre enceinte. Le joueur suit le processus de décision de la jeune fille qui découvre qu’elle ne peut avorter qu’illégalement. Sur Matajuegos, un site dédié aux jeunes vidéos auquel contribue Florencia Rumpel, un autre programme (Onda verde) est en ligne : il proposait (jusque début août) aux internautes de télécharger une photo ou un avatar pour participer à une manifestation virtuelle en faveur d’un projet de loi pour légaliser l’avortement. La jeune militante féministe ne lésine pas sur les moyens pour faire entendre sa voix.

Entre 300.000 et 500.000 avortements illégaux chaque année

Il faut dire que l’enjeu est de taille. Le 14 juin dernier les députés argentins ont approuvé (à une très courte majorité (129 voix pour contre 125 contre) un projet de loi autorisant l’avortement jusqu’à quatorze semaines. Le 8 août dernier c’est le sénat qui s’est prononcé et a enterré le texte de loi. Pendant des mois le débat a opposé les pro-vie aux pro-choix : les sondages réalisés lors de la campagne avaient montré que la société argentine, bien que majoritairement catholique, était favorable à la légalisation de l’avortement.

Depuis 2007 pourtant, sept projets de loi en faveur d’un avortement libre et gratuit avaient été soumis au Parlement. Tous avaient été rejetés. Les parlementaires n’avaient pas tenu compte de la triste réalité : selon une étude réalisée par le Ministère de la Santé argentin en 2005, entre 300.000 et 500.000 femmes avortent illégalement chaque année. Selon les associations mobilisées pour les droits des femmes entre 100 et 300 femmes meurent tous les ans suite à ces avortements clandestins.

L’Argentine a donc encore une fois raté l’opportunité de faire l’histoire. Pour elle-même mais aussi pour un contient entier. Sur le continent, seuls Cuba, le Guyana et l’Uruguay autorisent les interruptions volontaires de grossesse. Dans les autres pays, l’avortement n’est autorisé que sous certaines conditions. Dans six pays, il est même toujours strictement interdit. Le combat reste de mise : en mettant les pieds dans le plat, Doom Fetito, fera peut-être avancer les droits des femmes au-delà des frontières argentines. On l’espère en tout cas !

Tiphanie François – Equipe Le Fil Rouge 

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