AUSTRALIE / CHINE : David, un acteur français dans l’Empire du milieu

AUSTRALIE / CHINE : David, un acteur français dans l’Empire du milieu
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David est Français, il a vécu 12 ans en Australie et s’apprête à y retourner après une petite escapade de 2 ans à Shanghai. Il nous parle de la condition d’ acteur dans ces deux pays.

Le Fil Rouge : Comment es-tu devenu acteur ?

David : Je suis d’abord devenu cascadeur par hasard. J’ai suivi une formation de cascadeur en Australie parce que j’aime le sport et que j’avais besoin de me dépasser. Puis j’ai été pris au jeu et j’ai décidé de passer les diplômes. J’avais un travail de bureau la semaine, et je faisais des cascades le week-end. J’ai fait cela pendant cinq ans, surtout en tant que cascadeur, un peu en tant qu’acteur.

Ensuite ma femme a été transférée à Shanghai pour le travail. Je l’ai suivie mais je n’ai pas réussi à trouver d’emploi dans mon secteur. Alors j’ai commencé à chercher dans le milieu du cinéma. L’industrie du film est pour le moins surprenante en Chine…

C’est-à-dire ?

Comparé à l’Australie, cela paraît très désorganisé. Par exemple, on reçoit le script la veille du tournage, on ne sait pas à quelle heure on commence…  Il arrive même que le script change la veille pour le lendemain. J’ai une fois été retenu pour un rôle en anglais, pour lequel on m’a quand même demandé de dire quelques phrases en Chinois. Cela semble assez amateur, mais c’est leur façon de fonctionner.

Et quels sont les avantages ?

C’est un métier qui peut être plutôt bien payé si l’on sait naviguer, mais bien sûr assez irrégulier. Mais on a l’opportunité de voyager, de rencontrer du monde…

Il y a une possibilité de progresser assez rapidement, ce qui a été mon cas. On peut en quelques mois passer de rôles payés 1.000RMB à 6.000RMB la journée (125 euros à 725 euros ndlr). Il y a finalement assez peu d’acteurs occidentaux en Chine par rapport à la demande. Bien sûr il y a beaucoup plus de jeunes qui veulent se lancer dans l’industrie en tant que figurants ou pour gagner un peu d’argent, mais pour les hommes d’âge mur comme moi, il y a encore de la place. C’est une petite communauté qui se serre les coudes pour obtenir les meilleures conditions de travail possible.

Et les inconvénients ?

Si un étranger veut jouer en Chine ; il n’a pas d’agent pour le représenter. Ici ce qu’on appelle « agent » est en fait un intermédiaire chargé par la production de trouver un acteur pour tel ou tel rôle. Ce que beaucoup ne savent pas c’est que ces intermédiaires ne donnent en moyenne que 30 à 50% de cette somme à l’acteur. Par exemple, si la production lui alloue un budget de 15.000RMB (1.900 euros), et qu’il parvient à trouver un figurant qui accepte d’être payé 800RMB (100 euros) ; il gardera la différence dans sa poche. Et comme ce n’est pas transparent, les acteurs ne savent pas quelle est la somme offerte par la production.

Bien sûr un figurant ne sera pas forcément aussi bon qu’un acteur chevronné qui demandera un cachet plus élevé, ce qui agacera la production. Du coup on en arrive à des situations incroyables ou des agents basés à l’étranger sont mandatés par les productions pour trouver des acteurs qui viennent d’autres pays ! Alors qu’il y a pléthore d’acteurs occidentaux en Chine.

Cela vient du fait que l’industrie n’est pas du tout régulée pour les étrangers, qui ne sont pas censés travailler sans permis de travail. Or le permis de travail ‘acteur’ n’existe pas en Chine. Tout est dans une zone grise et certains en profitent beaucoup.

AUSTRALIE / CHINE : David, un acteur français dans l’Empire du milieu

Et les acteurs chinois ?

Les acteurs chinois sont en comparaisons mieux lotis : ils ont un agent pour les représenter, avec qui ils signent un contrat de six mois à un an, et qui doit leur trouver un certain nombre de rôles.

Quelle différence par rapport à l’Australie ?

En Australie il y a un salaire minimum, et vous pouvez avoir un vrai agent de représentation. Le montant donné par la production sera indiqué clairement dans le contrat que vous signez pour le rôle.

L’industrie est très régularisée, il faut un diplôme (comme au Royaume-Uni) pour être cascadeur. Tout est négocié en amont, vous savez quelle scène vous allez jouer et quand, vous êtes payés au forfait en fonction de la cascade qui sera à effectuer… Mais il y a forcément plus de compétition !

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut tenter l’aventure cinématographique en Chine ?

Toujours tout négocier à l’avance par écrit (messagerie). Il faut stipuler que les heures commencent quand on a besoin de nous, et pas au maquillage, par exemple. S’il y a un train ou avion à prendre, il doit être pris en charge (certains agents prétendent ne pouvoir payer que le voyage et l’hôtel par exemple, mais c’est faux).

Il faut également demander un droit à l’image pour les publicités, s’il est d’un an, il équivaut à quatre fois le forfait de la journée. La production paye toujours les droits à l’image, mais certains agents ou agences de casting profitent de l’ignorance de certains pour garder cette somme dans leur poche.

Est-ce que l’industrie tend à s’améliorer ?

Oui, grâce à l’entraide entre acteurs. Récemment il y a eu quelques acteurs qui ont gagné des procès contre la production, pour obtenir leur dû. La production a ensuite attaqué les agents. Mais ils sont encore rares à se rebeller contre le système, parce qu’il arrive que l’on reçoive des menaces de mort ou qu’on soit blacklisté par un agent.

On espère que cela créera un précédent et que les agents donneront ce qui leur revient aux acteurs.

Gaelle Dechelette – Equipe Le Fil Rouge

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