BÉNIN : Une start-up dépollue avec la jacinthe d’eau, plante invasive

jacinthe d'eau
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En 2014, un ingénieur franco-béninois et un pédiatre belgo-béninois créent Green Keeper Africa, la première solution de dépollution éco-responsable africaine. Leur pari ? Utiliser la jacinthe d’eau, une plante invasive au fort pouvoir absorbant, pour lutter contre les fuites de polluants, comme les hydrocarbures. Une innovation au service de l’environnement et du développement local.

La Jacinthe d’eau, une catastrophe écologique et économique

« Les riverains l’appellent togblé, qui veut dire en langue fon “le pays est gâté”. Mais nous voulons la transformer en tognon, c’est-à-dire “le pays s’améliore” explique Fohla Mouftaou, pédiatre belgo-béninois, co-fondateur de l’entreprise Green Keeper Africa. La jacinthe d’eau, plante ornementale aquatique originaire d’Amérique du sud, a été introduite sur le continent africain au 19e siècle. « [C’est] la plante la plus invasive au monde : dix plants peuvent générer 600.000 plants en moins de huit mois », explique David Gnonlonfoun, ingénieur dans le bâtiment, co-fondateur de GKA.

Du Bénin à Madagascar, en passant par le Nigéria, l’Éthiopie ou le Zimbabwe, la jacinthe d’eau fait des ravages depuis les années 1980. Sa prolifération rend bien souvent difficile voire impossible la navigation sur les plans d’eau. Elle se développe au détriment de la biodiversité locale : en captant l’essentiel de l’oxygène, elle entrave le développement d’autres plantes aquatiques et asphyxie les poissons. Au-delà des dommages environnementaux, parfois irréversibles, elle impacte directement la qualité de vie des populations locales. Recrudescence du paludisme ou diminution des revenus issus de la pêche elle met à mal l’économie locale. Quelques programmes ont tenté de l’éradiquer ou de contenir son développement, sans succès !

Green Keeper Africa, faire d’un fléau une vertu

C’était sans compter sur l’innovation de deux compères qui, en 2014, lancent Green Keeper Africa, la première start-up africaine qui « conçoit, fabrique et commercialise des absorbants 100 % organiques destinés aux professionnels. » Concrètement l’entreprise fabrique, à partir de la jacinthe d’eau, des fibres qui sont utilisées pour résorber des fuites de divers polluants en mer ou sur terre. Elle propose aussi des solutions pour restaurer la qualité des sols.

jacinthe d'eau fibres
© Green Keeper Africa

Sous forme de sac, de coussin ou de boudin, ces fibres végétales riches en nitrates et ultra-absorbantes (elles peuvent absorber jusqu’à 17 fois leur poids) peuvent être utilisées dans les domaines des transports, du Bâtiment et Travaux Publics ou des industries pétrolières. « Cette filière, que nous avons développée avec l’aide de l’entreprise [mexicaine] Tema, peut aider à la gestion de fuites d’essence ou de gazoil, au niveau des garages, des stations, des industries et des dépôts pétroliers », détaille Fohla.

Le Bénin n’est pas producteur de pétrole mais, comme ses voisins de la côte ouest africaine, il connait des problèmes de pollution liés aux résidus d’hydrocarbures. Or, pour D. Gnonlonfoun, aucune solution réelle n’existe pour gérer ces résidus. Une aubaine pour l’entreprise qui envisage de développer son marché au Nigéria. Premier pays producteur de pétrole en Afrique, les fuites d’hydrocarbures provoqueraient la mort de plus de 16.000 nourrissons par an selon une étude scientifique suisse réalisée dans le delta du Niger.

Un potentiel de développement important pour l’entreprise qui, en trois ans, a déjà conquis de grands groupes industriels et pétroliers comme Lafarge, Oryx ou Bolloré. Elle embauche par ailleurs 700 collecteurs, dont 85% de femmes, qui trouvent ainsi une alternative pour faire face à la baisse de leurs revenus issus de la pêche. Dépollution, maîtrise du développement de la jacinthe d’eau et développement de l’emploi local, GFA est au service d’un développement local intégré !

Tiphanie François – Equipe Le Fil Rouge

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