BOLIVIE – SUCRE : Tahi, le cœur à l’ouvrage

BOLIVIE – SUCRE : Tahi, le cœur à l’ouvrage
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Tahi vit à Sucre, la capitale constitutionnelle de Bolivie. À 42 ans, elle dirige une ONG qui se mobilise en faveur des droits des enfants et des communautés indigènes. Entre la douceur de vivre de sa ville natale et les inégalités sociales qui se creusent, elle continue de croire que les réalités de son pays peuvent changer malgré la faiblesse de l’État et la crise qui s’annonce.

L’illustre et héroïque Sucre

Je m’appelle Tahi et je suis Bolivienne. J’ai 42 et je vis à Sucre, la ville où je suis née. Contrairement à ce que beaucoup croient, Sucre (300.000 habitants) est la capitale constitutionnelle de Bolivie. Mais c’est vrai que c’est à La Paz (2,3 millions d’habitants) que siège le gouvernement. Ici, la vie est tranquille, très tranquille ! Le cadre est magnifique : nous sommes situés à plus de 2.500 mètres d’altitude et les montagnes sont tout autour de nous. Le centre historique est très beau, classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO : il y a très peu d’immeubles, plutôt de petites maisons blanches avec de grands patios et beaucoup de plantes. Ce que j’aime aussi ici c’est la diversité que l’on croise à chaque coin de rue : que ce soient les odeurs, les saveurs, ou même la couleur des gens.

Je loue un petit appartement tout près de chez ma mère dans le quartier où j’ai grandi. Je paie 1.400 bolivianos ou « bol » (environ 166 euros) de loyer. Ça peut paraître beaucoup quand on sait que le salaire minimum en Bolivie est de 2.000 bol (240 euros). Mais je gagne entre 3.000 et 5.000 bol par mois, en fonction des projets et des missions que je réalise, alors je peux me le permettre. Je vis là avec mes trois chiens.

Il ne me viendrait jamais à l’idée d’habiter ailleurs. J’adore voyager mais je suis très attachée à mes racines et ma famille : mes parents, ma sœur Ana qui a 15 ans de plus que moi, mes deux frères Enrique et Angel, plus âgés eux aussi et bien sûr mes neveux et nièces que j’adore. Nous partageons beaucoup et surtout on sait que l’on peut compter les uns sur les autres dans les moments difficiles.

Le travail c’est la santé

C’est d’ailleurs avec l’appui de mes frères et de ma sœur que j’ai pu créer Realidades l’association que je dirige depuis une dizaine d’années. Si c’est mon job principal je mène aussi plusieurs activités de front : j’enseigne à l’Université Andine et je réalise parfois des missions de consultance. Par exemple en ce moment j’achève une mission avec l’UNICEF : j’ai coordonné pour cette ONG internationale un réseau visant à promouvoir les droits des enfants auprès des parlementaires de mon pays. J’ai étudié la psychologie mais je suis diplômée en sciences de l’éducation et j’ai aussi un master pour gérer des centres éducatifs. Bref ça me tient particulièrement à cœur de travailler avec et pour les droits des enfants.

bolivie enfants

Mon travail occupe une place essentielle dans ma vie, mais je prends quand même le temps de profiter de mes amis et de me faire plaisir. En Bolivie malheureusement je ne peux pas profiter de l’océan que j’aime tant car nous n’avons pas la mer. Pourtant chaque 23 mars nous célébrons le jour de la mer ! En fait c’est l’occasion pour nous de revendiquer un accès au Pacifique que nous avons perdu contre le Chili dans les années 1880. Alors à défaut de profiter de la mer, j’écoute de la musique, je lis ou j’encadre un groupe scout. Bref mes semaines sont bien chargées. Comme mes journées d’ailleurs.

Le matin je me lève vers 6h30 pour faire sortir mes trois chiens mais je me recouche une heure. Vers 7h30 je me réveille et passe en revue mon smartphone : je fais le tour des réseaux sociaux et de mes mails. Souvent j’allume la télé : je regarde les informations ou j’écoute de la musique suivant mon humeur. Ensuite je me douche puis je file au bureau vers 8h30.

bolivie

En général c’est là que je prends mon petit-déjeuner. Du pain, du café. Je fais simple. Parfois je me laisse tenter par des œufs. Et dans la foulée je me mets au travail. Suivant mes priorités, je contribue à la rédaction de rapports, de projets de lois, de discours ; j’organise des réunions d’équipe pour m’assurer de l’avancée des projets que nous mettons en œuvre ; je participe à des réunions avec les autorités locales ou des ONG ; je prépare ou j’anime des formations avec des enfants travailleurs, etc. Après une matinée bien chargée j’essaie de me changer les idées en déjeunant avec ma maman ou chez moi. Dans ce cas, je fais une petite sieste dans mon hamac et je peux repartir pour mes activités de l’après-midi. Après le bureau je rentre chez moi pour une soirée tranquille ou bien je sors avec des amis.

Changer les réalités

Je passe beaucoup de temps au travail parce que je suis très motivée par ce que je fais. J’ai créé Realidades, une association à but non lucratif, pour lutter contre les injustices et les inégalités qui touchent les enfants, les femmes et les communautés indigènes ici en Bolivie. Pendant deux ans l’équipe a travaillé de manière bénévole puis finalement des organismes internationaux nous ont fait confiance et nous avons obtenu nos premiers financements. C’est comme cela que nous avons pu observer nos premiers résultats concrets. Quelle satisfaction !

Aujourd’hui nous sommes trois à travailler à temps plein. Nous avons aussi des collègues sur des périodes plus courtes qui mettent en œuvre les projets et des volontaires boliviens ou internationaux. Nous avons réussi à mettre en place un Observatoire des droits et à faire adopter une loi départementale pour protéger les enfants vulnérables. Les autorités locales nous font confiance et reconnaissent notre travail. Mais, je crois que le plus gratifiant, c’est la proximité que nous avons réussi à créer avec les communautés rurales et les enfants travailleurs.

Notre travail avec la Fédération des enfants travailleurs a d’ailleurs porté ses fruits. L’organisme a présenté une proposition politique qui s’est traduite par l’ouverture d’un programme de distribution de déjeuners aux enfants déscolarisés parce qu’obligés de travailler. Et en Bolivie, ils sont nombreux dans ce cas. Environ 850.000 qui cirent les chaussures, vendent des jus, déchargent des marchandises diverses, etc.

C’est très encourageant mais malheureusement le chemin est encore long. La situation économique est très instable et l’on nous annonce une crise majeure, ce qui devrait encore aggraver le chômage, ou favoriser le développement de l’économie informelle. Malgré les politiques sociales que le gouvernement d’Evo Morales a mis en place, les inégalités continuent de se creuser. Sans doute la faute à la corruption et à la faiblesse de l’État. Mais je préfère voir les milliers de Boliviens qui se mobilisent et qui réussissent à faire bouger les lignes. Ça m’aide à croire qu’on arrivera à changer les réalités !

Propos recueillis par T.F. – Équipe Le Fil Rouge

Pour en savoir plus sur l’ONG Realidades, suivez leur page Facebook

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