CANADA : Visite du pénitencier de Kingston, ancienne prison canadienne

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En Amérique du Nord, tout est grand. Le pénitencier de Kingston en Ontario ne déroge pas à la règle. Seules les cellules dans lesquelles vivaient les condamnés y sont minuscules. Symbole de la justice canadienne pendant 178 ans, cette prison de sécurité maximum a été vidée de ses derniers détenus en 2013. À présent ouvert aux visites, le pénitencier de Kingston revit grâce à l’énergie des guides et la mémoire des anciens employés. Que l’on soit simple curieux ou amateur d’histoire, le pénitencier de Kingston représente un voyage unique dans le temps et fort en émotion.

De l’autre côté du mur

À Kingston, Ontario, se trouvent deux établissements pénitentiaires. Le premier, l’Institution de Collins Bay, est toujours en activité. Le second, le pénitencier de Kingston, est ouvert aux visiteurs. Situé au bord du lac Ontario, ce lieu particulier édifié en 1835 a renvoyé définitivement ses derniers prisonniers en septembre 2013. La raison de la fermeture ? Des locaux trop vétustes pour assurer la sécurité de ses locataires et des coûts d’entretien élevés. En effet, la Big House comme on la surnommait, faisait partie des prisons les plus anciennes encore en fonction.

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Presque aussitôt inoccupé, le pénitencier de Kingston a brièvement ouvert ses portes aux curieux pour quelques visites. Interrompues pendant plusieurs années, celles-ci ont repris en juin 2016 pour le plus grand plaisir des amateurs d’histoires criminelles et d’histoire en général. En effet, si les guides ne sont pas avares d’anecdotes en tout genre, les anciens employés partagent des moments de leur vie dans la prison lorsqu’ils y travaillaient encore. Les visiteurs ne peuvent qu’imaginer le quotidien difficile pour tous et réglé comme du papier à musique qui régnait au pénitencier.

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Les lourdes portes du pénitencier de Kingston s’ouvrent sur une étendue de 8.6 hectares. Entourée d’imposants murs recouverts de barbelés, la prison abrite divers bâtiments et points extérieurs qui permettaient à toute une communauté de (sur)-vivre. On y trouve entre autres des cellules et postes de commande, des salles de visites, une cuisine, un réfectoire, une buanderie, un hôpital, des ateliers de travail, une bibliothèque, un gymnase ou un terrain de sport. Certains bâtiments servaient également de logement pour une certaine catégorie d’employés et leur famille.

Les origines du pénitencier de Kingston

Selon l’ouvrage de Dennis Curtis et Cecilia Blanchfield, Kingston Penitentiary: the first hundred and fifty years, 1835-1985, c’est l’homme d’affaires et éditeur originaire de Kingston Hugh Thomson qui fut, en 1826, l’instigateur du premier pénitencier en Amérique du Nord britannique. À l’époque, les prisons du coin sont surpeuplées. Les émeutes et les évasions se multiplient et engendrent un climat de peur auprès des populations locales. Le pénitencier de Kingston apparaît comme la solution pour éradiquer la criminalité.

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La conception d’une telle prison met 5 ans avant d’être approuvée. Thomson et son acolyte John Macaulay visitent plusieurs établissements pénitentiaires dans l’État de New-York aux États-Unis pour définir le modèle architectural et le mode de fonctionnement les plus appropriés pour le futur pénitencier. Les travaux débutent en 1833 à Portsmouth, un village aux portes de Kingston sur les rives du lac Ontario, lieu idéal pour la circulation des marchandises et des prisonniers. De plus, le calcaire de Kingston, surnommée à ce titre Limestone City, sera utile pour les travaux forcés. Par ailleurs, l’appui de la garnison britannique et le contingent militaire canadien serait utile en cas de problème à la prison.

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Le pénitencier de Kingston accueille ses six premiers prisonniers le 1er juin 1835 alors que les travaux ne sont pas terminés. Désignés par des numéros au profit de leur nom, ils sont confinés dans des cellules exiguës (73.7 cm de large, 244 cm de long et 200.7 cm de haut) équipées du strict minimum : un seau et un lit. La largeur de celles-ci sera doublée lors des premières rénovations en 1895 et 1906. Quelques semaines après les hommes, c’est au tour des trois premières femmes de franchir les portes de la prison, le 4 septembre 1835. 10 ans après son ouverture, la prison accueillait près de 500 détenus.

La vie quotidienne des détenus « les plus dangereux du pays »

Si le but du pénitencier de Kingston était de discipliner les prisonniers par le confinement afin qu’ils méditent sur leurs actes, les travaux forcés servaient également de punition. En effet, les détenus ont commencé à travailler dès leur arrivée dans la prison en tant que cuisinier, forgeron, tailleur de pierre, mouleur, tonnelier ou infirmier, tandis que les femmes pouvaient être assignées à des travaux de couture.

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Les conditions de vie en prison étaient difficiles, réparties entre mauvaise hygiène, privations et sanctions. Les détenus avaient interdiction absolue de parler entre eux, auquel cas les surveillants n’hésitaient pas à employer la force pour les faire taire. Les hommes, comme les femmes et les enfants, étaient battus et recevaient des coups de fouet. Certains sévices corporels ont d’ailleurs entraîné des décès chez les prisonniers. Cette maltraitance n’a officiellement pris fin qu’en 1972, date à laquelle la punition corporelle fut abolie.

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Les détenus étaient condamnés pour des délits plus ou moins graves selon l’époque et la catégorie de personnes concernées : vol (de nourriture par des enfants affamés), vol aggravé, enlèvement, meurtre ou viol pour les plus mauvais. Les peines étaient donc plus ou moins longues, allant de quelques mois à la prison à perpétuité. Parmi les prisonniers et prisonnières populaires qui furent enfermés au pénitencier de Kingston, on trouve Paul Bernardo, Russell Williams, Clifford Olson, Roger Caron, Norman Ryan, Marie-Anne Houde et Grace Marks.

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Si le pénitencier de Kingston compte peu d’évasions à son actif, il a fait l’objet de plusieurs émeutes dont les plus notables en octobre 1932, en août 1954 et en avril 1971. Cette dernière, qui a duré 4 jours, fut la plus préjudiciable avec des destructions matérielles, une prise d’otages et deux prisonniers morts. La violence a malheureusement toujours fait partie du quotidien carcéral, d’un côté comme de l’autre.

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Le pénitencier de Kingston ainsi que le Musée Pénitentiaire du Canada sont ouverts aux visites de mai à octobre.

Texte et photographies par Sophie Lecat – Equipe Le Fil Rouge

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