ESPAGNE – BARCELONE : La ville en guerre contre les touristes

espagne barcelone la ville en guerre contre les touristes
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Les Barcelonais en ont ras la casquette. Leur ville ne « leur appartient plus » clament-ils dans les rues. Il faut dire que la cité méditerranéenne de 1,6 million d’habitants a accueilli, en 2017, 8,3 millions de visiteurs ! Un chiffre étourdissant. Alors, même si le tourisme est un pilier de l’économie de la ville, les habitants sont de moins en moins accueillants, voire carrément hostiles, envers les touristes.

Le malaise des Barcelonais

Pour les locaux, l’invasion touristique massive que subi la ville depuis des années est le problème numéro un de Barcelone (devant le problème du chômage). Selon un sondage réalisé par la municipalité en 2017, 19% des Barcelonais citent le tourisme de masse comme le problème majeur de la ville, derrière le chômage donc, cité par 12% des personnes interrogées. Quand on sait que le tourisme rapporte à la ville plus de 14% de sa richesse et génère près de 65.000 emplois directs, on mesure le ras-le-bol des résidents.

Depuis quelques années, le tourisme cristallise de plus en plus de tensions : de nombreux Barcelonais se plaignent d’un espace public saturé, d’un vacarme nocturne toute l’année dans certaines rues réputées festives, d’une augmentation galopante des loyers et des prix des logements générée notamment par l’afflux de visiteurs.

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Le célèbre Parc Güell

Officiellement, en 2017, Barcelone, a accueilli plus de 8 millions de visiteurs. Mais, selon la mairie, ce sont plus de 30 millions de touristes qui se pressent chaque année dans les rues de la capitale catalane, car il faut ajouter ceux qui logent en périphérie, ainsi que les croisiéristes et visiteurs d’un jour venus de la région. Avec ce chiffre record il y a de quoi se sentir « étouffé ».

Les Barcelonais sont-ils atteints de « tourismophobie » ?

À bout de souffle, certains habitants ont mis en place des actions radicales pour manifester aux médias et aux étrangers leur sentiment de ras-le-bol. Des tags « touristes rentrez chez vous » ou « touristes vous n’êtes pas les bienvenus », écrits en anglais dans certains quartiers de la ville, donnent le ton. Les Barcelonais feraient-ils preuve de « tourismophobie » ?

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Un tag de bienvenue

En novembre 2017, un collectif de riverains opposés au tourisme de masse a tourné un clip sur le terrain vague où devait être construit un hôtel du groupe Praktik, dans le quartier du Raval. Très populaire et idéalement situé, ce quartier attire particulièrement les investisseurs : la mairie a suivi les détracteurs du projet en refusant le permis de construire et en privilégiant la transformation du terrain vague en jardin public.

Plus radical encore, en octobre 2017, des Barcelonais ont cherché à interdire l’accès à une plage à des touristes en faisant une chaîne humaine et en brandissant des panneaux aux slogans on ne peut plus clairs : « Barcelone n’est pas en vente » ou encore « nous ne voulons pas de touristes sur nos plages. Ce n’est pas un lieu de villégiature ».

La maire de Barcelone, Ada Colau – ancienne militante anti-expulsions immobilières, elle se situe à gauche de l’échiquier politique – a, dès son arrivée, mis en place des mesures pour limiter cette explosion touristique et freiner le développement des logements de tourisme (refus d’ouverture de nouveaux hôtels dans le centre, amendes aux plateformes de location de meublés touristiques sans licence, comme Airbnb et Homeaway).

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Des touristes font la queue pour les bus touristiques

Face à ceux qui taxent la politique municipale de « tourismophobe », la mairie rétorque « Ce n’est pas une question de ‘tourismophobie’. À Barcelone, on aime voyager et recevoir des visiteurs. C’est un malaise concret produit par la massification (du tourisme) dans certains quartiers », dit l’adjoint au maire Gerardo Pisarello.

Quels que soient les problèmes liés au développement massif du tourisme, quand quatre personnes encagoulées obligent un bus touristique de Barcelone à s’arrêter, lui crevant les pneus et peignant sur son pare-brise le slogan « le tourisme tue les quartiers », on est en droit se de demander si ces comportements ne sont pas un peux extrémistes, voire odieux.

Mahé – Équipe Le Fil Rouge

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