ESPAGNE – PONTEVEDRA : La ville sans voiture a réussi son pari fou

ESPAGNE – PONTEVEDRA : La ville sans voiture d’Espagne a réussi son pari fou
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83 000 habitants, un centre-ville sans voiture depuis 17 ans, 70% de déplacements à pied, une pollution atmosphérique qui a chuté de 66% et un trafic routier qui a chuté de 90%. Un maire qui a été réélu 5 fois et une ville qui est devenue un modèle dans son pays, voici l’histoire de Pontevedra.

Une révolution politique qui a sauvé la ville

Pontevedra revient de loin. Juste au dessus de la frontière portugaise, cette ville du nord-ouest de l’Espagne, en Galice, vivait dans l’ombre de la ville voisine, Vigo, depuis des décennies. Le gouvernement franquiste avait tout misé sur le développement économique de Vigo, laissant Pontevedra végéter. La commune était alors connue comme une ville de délinquants, au fort taux de chômage et aux infrastructures en ruines. Elle fut classée comme ville “sinistrée” jusque dans les années 1990. Les choses changent en 1999 avec l’arrivée à la tête de la ville d’un maire engagé et ambitieux. Quand Miguel Lores, candidat du Bloc nationaliste galicien (le BNG, un parti régionaliste de gauche) remporte les élections municipales, il met tout de suite en place un projet ambitieux pour sauver sa commune: rendre le centre-ville de Pontevedra aux piétons.

ESPAGNE – PONTEVEDRA : La ville sans voiture d’Espagne a réussi son pari fou
Pont de Rande

Le projet “sin coches” (sans voiture) consiste à interdire carrément le passage des voitures dans la ville (sauf voitures de livraison et de quelques riverains). Des parkings sont construits aux abords de l’agglomération et tout le reste se fait à pied. Pourquoi un tel projet ? Redonner aux habitants l’envie et la fierté d’occuper un centre-ville propre et calme et restaurer l’esprit du “vivre ensemble” perdu depuis longtemps. Si l’idée est séduisante, la population ne rentre pas immédiatement dans le jeu. Beaucoup de contestations et de négociations qui ont bien failli coûter son poste au maire, mais finalement la mesure a tout de même été mise en place.

Aujourd’hui, le maire est toujours en poste, près de 20 ans plus tard, et a été élu “meilleur maire d’Espagne en 2013”.

Un modèle de développement urbain en Espagne

La réforme si douloureusement appliquée est aujourd’hui un succès. Baisse de la pollution sonore et atmosphérique, baisse du trafic routier, baisse des accidents de la route, baisse des problèmes de santé dus au manque d’exercice physique, augmentation du nombre de touristes, augmentation du bien-être des habitants,… L’esprit communautaire est revenu à Pontevedra. Les commerces de centre-ville ont remplacé les centres commerciaux qui ont été bannis (la ville estimait que les centres “éloignent” les gens plutôt que de les rassembler). L’individu est placé au cœur de la politique sociale de la ville, ce qui la rend si spéciale en Espagne.

Pour préserver ce modèle social si égalitaire, la ville a dû prendre différentes mesures pour maintenir un équilibre entre “vie sans voiture” et “développement de l’activité économique”: les voitures sont interdites dans le centre mais les livraisons sont autorisées. Certaines voitures peuvent passer mais ne doivent pas rouler à plus de 20 km/heure. Des contraventions élevées sont distribuées aux automobilistes “sauvages” (allant jusqu’à 200 euros). Des parkings gratuits (pour un total de 13.000 places) ont été aménagés, tous situés à un maximum de 10 minutes à pied du centre. Une carte avec les distances et les temps de parcours a été éditée. La municipalité a même créé “Pasominuto”, un plan de déplacement plus particulièrement axé sur les effets bénéfiques de la marche sur la santé.

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Pasominuto

Les citoyens et les conducteurs ont fait des efforts pour se prêter au jeu mais la ville a également mis de sa poche: l’espace public a été repensé et réaménagé. Puisque aucune voiture ne passe par le centre, la ville a fait sauter les trottoirs (devenus inutiles), installer un éclairage plus important, mis des bancs et des aires de jeux un peu partout. « Si on récupère un espace public et que les piétons ne l’occupent pas tout de suite, la pression automobile revient aussitôt » déclare un conseiller en mobilité de la mairie.

Grande gagnante pour son courage politique, la ville sans voiture a été récompensée par l’européen Intermodes et le prix international ONU-Habitat, et est désormais érigée en modèle de développement urbain à travers le monde.

Thomas Rébusson – Equipe Le Fil Rouge

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