ETATS-UNIS : American dream ou plutôt American nightmare

ETATS-UNIS : American dream ou American nightmare ?
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Ils ont les armes à feu; la country music; la saga American Pie; les universités privées; les subprimes; les prix affichés hors taxes; le fromage artificiel en spray; Donald Trump;… Et pourtant, ils continuent de fasciner la moitié de la planète. Jeune ou moins jeune, on a tous rêvé de partir y vivre au moins une fois dans sa vie, sans trop savoir pourquoi. Ceux qui y sont parvenus lèvent le voile sur la réalité de ce rêve universel, once you are there. Et finalement, qu’on est bien chez soi !

Pour un étranger, partir tenter sa chance aux Etats-Unis, c’est chanter la célèbre chanson “America” de la comédie “West Side Story”. Rappelez-vous des paroles de ce hit: “Immigrants goes to America. Many hellos in America”! Déjà en 1961, ce spectacle évoquait le fameux American Dream qu’on a tous plus ou moins eu, à un moment de notre vie.

Tous, à l’instar de Maria.

“I like to be in America”

Maria est une Espagnole, mariée à un Français, mère de deux enfants, qui a vécu dans de nombreux pays avant de débarquer à Denver, Colorado, en 2016. De l’Asie à l’Amérique Latine, elle a expérimenté différents styles de vie, s’adaptant à chacun avec la décontraction d’un caméléon. Quand elle a appris que son prochain lieu de vie serait la mythique et si excitante Amérique, elle a sauté de joie! L’Amérique, ce pays si génial qui avait accompagné son enfance, son adolescence puis sa vie de jeune adulte à travers ses myriades de produits culturels. L’Amérique, celle qui a de si grands acteurs, de si puissants musiciens, de si prenantes séries! L’Amérique, celle qui fait rêver n’importe qui dans le monde à coup de sunshine, de diet coke, de roller coaster, de boyfriends et de college.

Même si Maria savait qu’elle ne découvrirait pas l’Amérique de “Melrose Place” en débarquant là-bas, elle ne s’attendait pas à autant de déconvenues. S’il n’est pas simple de s’installer dans un nouveau pays quand on est étranger, il n’est clairement pas simple de s’installer aux States.

C’est une opportunité professionnelle qui a amené Maria et son mari à Denver. Pays à la croissance dynamique, il y a de nombreux postes à pourvoir pour qui a les compétences qu’il faut. Dans son cas, le mari de Maria a trouvé un job intéressant dans le secteur de l’informatique.

Elle relate ici quelques une de ses mauvaises surprises, qui l’ont bien refroidi quant à son envie de rester vivre dans ce pays trop longtemps.

La douche froide

La galère de la célèbre car-culture

Premier problème pour notre jeune expatriée, se déplacer dans sa nouvelle ville se révèle être un vrai parcours du combattant. Vaste ville dans un vaste pays, Denver est très étendue et les distances sont énormes. Les transports en commun ne sont pas pratiques: mal reliés, à des horaires pas gérables. On se déplace principalement en voiture.  Il faut donc commencer par s’en acheter une. Ensuite, il faut faire régulariser son permis de conduire obtenu dans son pays natal. Pour se faire, il faut avoir un security social number, qui ne s’obtient pas rapidement. En attendant, Maria ne peut pas se déplacer seule et doit attendre le retour de son mari pour se rendre avec lui au grocery store.

Bien sûr cette situation n’est pas la même dans tout le pays (à New-York, la plupart des habitants utilisent les transports en commun) mais sorti de quelques cas isolés, tout le monde sait que la voiture est indispensable aux Etats-Unis.

Parallèlement, si réussir à se déplacer en voiture relève d’un jeu de patience, quelques règles de conduite en place aux Etats-Unis demeurent un mystère pour les étrangers. Par exemple: téléphoner au volant n’est pas un délit. Dans le Colorado en tout cas, le conducteur peut téléphone en conduisant. Inutile de préciser que le taux d’accidents de la route aux Etats-Unis est bien plus élevé que dans certains pays d’Europe.

ETATS-UNIS : American dream ou American nightmare ?
« Le rêve américain est un cauchemar »

L’incontournable green card

Avec la politique menée par Trump, l’obtention des papiers pour les étrangers est logiquement ralentie. Si le mari de Maria disposait déjà d’un passeport américain et pouvait donc travailler, Maria n’a eu d’autre choix que d’attendre. Au début de sa démarche administrative, on lui a dit qu’elle pourra escompter recevoir sa green card sous 6 mois. 18 mois plus tard, elle l’a recevait enfin. Sans green card, on ne peut certes pas travailler bien entendu mais pas seulement. D’autres empêchements découlent de l’absence de ce précieux papier comme, par exemple, sortir librement du pays. Il faut demander la permission chaque fois qu’on souhaite séjourner hors du pays.

Trouver son logement

Louer un logement est cher donc parfois, acheter est un meilleur plan. Mais, même si on peut se permettre d’acheter une maison en arrivant, c’est impensable tant qu’on n’a pas un credit score élevé. Aux Etats-Unis, les propriétaires sont liés au concept du credit score. Ce score s’obtient en ayant eu un bon comportement à l’égard de ses créances: payer son loyer régulièrement en temps et en heure, être solvable, être responsable sur ses dépenses, ne pas avoir contracté trop d’emprunts,… Ceux qui veulent devenir propriétaires doivent donc maîtriser la patience et les courbettes pendant des mois avant de voir leur projet concrétisé, le temps pour eux de construire un bon credit score. Le credit score se travaille autant qu’un CV.

Le surprenant système de soins

Maison achetée et carte verte obtenue, Maria a cru voir son avenir américain s’éclaircir. C’était sans compter sur sa seconde grossesse. Si cette merveilleuse nouvelle a réjoui le foyer, Maria a découvert l’horreur et la complexité du système de santé américain. Les assurances américaines ne couvrent jamais 100% des frais, laissant au bénéficiaire le soin de payer la différence, qui est souvent énorme comparée au traitement médical reçu.

Le congé maternité d’une salariée aux Etats-Unis est de 3 semaines maximum. Le reste du congé est à la charge de la famille. Quand au congé paternité, il est… inexistant! Prendre un jour off pour assister à la naissance de son enfant est donc laissé à la discrétion du papa. Une fois que la maman a accouché, elle ne reste que 24h à l’hôpital avant de sortir. Sauf si problème et là ça signifie souvent dépenses à rallonges.

Jobbing

Les jobs intéressants et attractifs existent: bonnes (et même parfois excellentes) conditions salariales, responsabilités,  … mais on a tendance à oublier qu’ils ne tiennent souvent qu’à un fil. Une fois la carte verte en poche, on peut rapidement trouver un job si l’on sait ou chercher. Le problème se trouve du côté de la protection laissée au salarié. Embauchable facilement mais éjectable aussi du jour au lendemain, sans raison.

Le mari de Maria qui a fait déménager toute sa famille pour le dream job trouvé dans le Colorado, s’est fait remercier du jour au lendemain, sans indemnités bien entendu. La recherche d’un job conditionne le travailleur à une flexibilité extrême. Dans le cas de notre famille expatriée, la situation du chômage pouvait être réglée si le mari acceptait de reprendre un job dans un autre état, l’Illinois. Nécessitant ainsi le recommencement à la case départ de toute la settling procedure. Refusant ce poste à Chicago, ils ont fait le pari de rester et de continuer à chercher sur place, misant sur leur bonne étoile. Quand ils apprirent que l’entreprise à Chicago qui avait proposé d’embaucher le mari de Maria, avait mis la clé sous la porte après 4 mois, ils comprirent la dangereuse précarité du marché de l’emploi aux Etats-Unis.

Nos adorables bambins

Mettre son enfant en crêche (daycare) ou embaucher une nounou est, aux Etats-Unis, une véritable ruine. Il faut compter une moyenne 3.000 USD par mois pour deux enfants. Maria a rencontré plusieurs femmes qui choisissent de ne pas retravailler après leur grossesse et de rester avec leur progéniture, pas par refus de retrouver une vie professionnelle, au contraire, mais parce que le prix pour faire garder son enfant est dément.

En l’espèce, Maria est une maman qui souhaite retravailler. Elle a longuement étudié et possède de bons diplômes qu’elle entend bien utiliser pour sa carrière, quand elle pourra trouver une solution pour faire garder ses enfants.

Si en Europe, les femmes travaillent pour gagner leur vie, aux Etats-Unis, travailler revient plus cher que de “gagner sa vie”, quand on a des enfants. Et quand ceux-ci grandissent, ils laissent aux parents la chance de découvrir les frais de scolarité qui là aussi, dépassent tout entendement. Si vous arrivez à trouver un job, à faire garder vos enfants et à payer leurs frais de scolarité, priez pour qu’ils ne tombent pas malades!

Si elle est parfaitement d’accord pour dire que pour le moment, elle n’a rencontré que de charmants et sympathiques Américains et qu’elle s’émerveille tous les jours de la beauté qu’offre les espaces naturels du Colorado, Maria reste down to Earth. Les sacrifices de vie (personnel, professionnel, financier, culturel, physique,…) qu’il faut accepter sont tels qu’elle sait déjà qu’elle ne passera pas sa vie dans ce pays. Le jeu en vaut-il la chandelle?

Mahé – Equipe Le Fil Rouge

4 commentaires


  1. Donc en gros, faut juste avoir plein plein de fric pour se le payer l’american dreamReport

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  2. Intéressant. Ecrit de façon un peu trop journalistique à mon gout mais intéressant. Sauf que …. exclusivement à charge. Oui, tous ces points existent, de là à les appeler cauchemar… On est typiquement dans le cas « bouteille moitié vide, bouteille moitié pleine ». Selon si l’on se sent bien quelque part, on verra le positif ou l’inverse. Les USA sont loin d’être parfaits mais les points évoqués ne sont pas nouveaux (hormis DT et le rallongement des procédures d’immigration), le reste est connu et généralement connu avant de venir si on a fait un minimum de recherches préalables (conseillé). L’intérêt de cet article est de mettre noir sur blanc certains des challenges auxquels il faut faire face en arrivant ici : Non le pays de l’oncle Sam n’est pas le paradis, mais c’est loin d’être l’enfer, le tout est de savoir pourquoi on vient et pourquoi on reste.Report

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  3. Il y a plusieurs façon d’aborder le sujet, mais bon, là c’est clair c’est le mauvais côté ! lol
    Heureusement tout n’est pas si noir, sinon pourquoi il y aurait autant d’expatriés ?
    Le gros point noir c’est la santé, mais croyez vous qu’en France la santé soit gratuite ? non pas du tout, on a payé toute sa vie pour avoir une santé « gratuite » et il faut ajouter le prix d’une mutuelle et les dépassements d’honoraire non remboursés !! l’éducation, c’est sur à un cout !! En même temps, il faut voir tous les bons côtés, le soleil, les gens sympathiques, la qualité de vie, etc….Report

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