ÉTATS-UNIS – LAS VEGAS : Amelia Zidane, la danse au corps

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Danseuse et chorégraphe née en France, Amelia Zidane produit et organise, à travers le monde, des spectacles dans lesquels elle mixe ses cultures arabe et occidentale. Véritable star au Liban, cette autodidacte est aussi une entrepreneuse infatigable : ses shows avec les BellyGirls, sa compagnie de danse, cartonnent à Vegas où elle vit. Mais le succès est aussi parfois synonyme de solitude.

danse Amelia Zidane
Amelia en couverture de Elle Oriental

« Je dansais avant de marcher »

Je suis née à Grenoble en 1975, en pleine révolution sexuelle. C’était l’époque de Brigitte Bardot, du disco. Puis sont arrivés Madonna et Michaël Jackson. À côté de ça j’ai baigné dans les vieux films égyptiens des années 50 et 60 avec Samial Gamal, danseuse du ventre et les musiques d’Oum Kaltoum, la chanteuse égyptienne que mon père adorait.

Dans cet univers, j’ai très tôt aimé danser. Ma mère disait que je dansais avant de marcher ! Pourtant chez moi il n’y avait pas de place pour la danse, c’était synonyme de débauche, de cabaret, de prostitution. Pendant des années j’ai dansé en secret. Et puis un jour tout a basculé. J’étais au collège. Le proviseur m’avait confié l’organisation d’un spectacle en l’honneur de nos correspondants américains. À 15 ans, j’avais 20 élèves sous ma responsabilité. Je gérais tout : la musique, les chorégraphies, les costumes. Quelques jours avant la représentation j’ai confié au proviseur que mes parents ne me laisseraient jamais participer au spectacle. Il a convoqué mon père et a convaincu mes parents. Invités au dîner de gala, ils ont été stupéfaits de mon travail. Ce soir-là ils ont compris que j’étais une artiste.

« On naît artiste, on ne le devient pas »

Après ça mes parents m’ont laissé animer des mariages. Les gens nous invitaient juste pour me voir danser. Dès que je me levais, tout le monde s’asseyait. Les gens m’aimaient, m’admiraient, j’existais ! Puis j’ai eu mon premier cachet de danseuse au Trois Maillets à Paris. Je dansais 7 jours sur 7. J’ai consenti beaucoup de sacrifices, j’ai dû me surpasser. Mais je suis convaincue que « l’on naît artiste, on ne le devient pas. » Il faut savoir prendre des risques. J’ai tout quitté, ma valise de costumes de danse à la main, mon bébé de l’autre. J’ai traversé les mers et beaucoup prié. La plupart des portes étaient fermées, mais certaines se sont ouvertes.

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Beaucoup pensent que j’ai choisi la vie que je mène, mais pas du tout. Jamais je n’aurais imaginé devenir danseuse professionnelle. Entre la danse et moi, c’est une histoire passionnelle. Je la hais et l’adore à la fois, je l’admire et la dénigre parfois, elle prend trop de place, mais sans elle je n’existe pas. Parfois j’ai cru mourir. J’étais seule avec ma fille, sans argent, sans appartement, sans voiture. Mais j’ai toujours su que j’étais née pour danser alors j’ai persévéré. Mon chemin n’est pas fini. Mais pour la première fois je me sens à ma place, à Vegas.

Vivre avec une artiste est une aventure

Je vis à Vegas depuis quelques années. Ici je me consacre à mes enfants et aux BellyGirls, la compagnie de danse que j’ai créée en 2005. Je forme mes danseuses aux futurs shows que je conçois. Je fusionne les styles : du Burlesque au Flamenco, de la danse du ventre au Hip-Hop et à la danse contemporaine. Quand je travaille sur un spectacle, je prends tout en charge de A à Z : décors, castings, chorégraphies, musiques, costumes, etc.

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Pour moi la danse orientale est une histoire de femme. J’aime imaginer que son corps est sa maison, la musique le battement de son cœur et la danse sa liberté, tout simplement. Danser me permet d’exprimer mes joies, mes angoisses, mes passions ou mes peurs. Alors certes la critique existe, même pour les plus grands. Mais je la vois plutôt comme un moteur. Elle me pousse à entreprendre, à me démarquer tout en restant fidèle à mes valeurs, à mon histoire. Mon rêve aujourd’hui est d’ouvrir un cabaret, un Moulin Rouge version Aladin : ce serait ma manière pour continuer de fusionner mes deux mondes, ma culture arabe, orientale d’une part et ma part occidentale, européenne.

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« Mourir sur scène »

Mon quotidien est bien rempli. Mes enfants, Mathis et Emma, sont le plus bel accomplissement de ma vie. Je veux leur accorder du temps. Mais il est vrai aussi que la danse m’accapare. S’y jeter à corps perdu c’est aussi une façon pour moi de combler la solitude. Pour certaines grosses productions par exemple, je peux consacrer deux mois à la préparation : écriture, chorégraphies, musiques, casting, formation, répétitions, costumes, mise en scène, etc. Je peux diriger une cinquantaine de danseurs, chanteurs et artistes de tous genres. C’est un plus qu’un temps plein !

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Il m’est arrivé d’être très fatiguée sur scène, de sentir que mon cœur allait lâcher, mais je ne m’arrête jamais, je vais à chaque fois jusqu’au bout, même à bout de souffle, etc. Quand je danse je me livre complètement, je ne triche pas alors je n’ai pas peur de mourir.

Propos recueillis pat F.T. – Équipe Le Fil Rouge

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