FRANCE : Violences policières, de la Justice pour Adama à une révolution sociale

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Depuis juillet 2016, Le Comité Adama s’impose dans l’espace médiatique et politique avec un objectif clair : sortir les quartiers populaires de la périphérie des mouvements sociaux français, pour en faire des acteurs de la prochaine révolution sociale.

On ne présente malheureusement plus ou presque Adama Traoré, ce jeune homme mort entre les mains de la gendarmerie, le 19 juillet 2016. Depuis près de deux ans maintenant, sa sœur, Assa Traoré, et les membres du Comité Adama se battent sans relâche afin d’obtenir la mise en examen des gendarmes pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. Ils accusent en effet les forces de l’ordre d’avoir causé la mort d’Adama en lui faisant subir un placage ventral ; une technique d’immobilisation interdite dans certains états américains et pays européens car considérée comme létale.

A l’époque où je rencontrais Assa Traoré pour la première fois il y a bientôt un an, celle-ci m’expliquait que son combat allait bien au-delà d’obtenir justice pour son frère. « Je veux que ceux qui ont tué mon frère aillent en prison. Mais je veux aussi que ça ne recommence pas. Au-delà de mon frère, il faut prendre le problème à la racine, revoir radicalement la formation des forces de l’ordre et le regard qu’on leur apprend à porter sur les jeunes des quartiers populaires. Nous voulons que la mort d’Adama serve à ça. ».

De Beaumont-sur-Oise à Tolbiac : créer des alliances pour « faire la révolution »

Lorsque j’interroge Assa Traoré aujourd’hui, c’est cette même détermination qui continue de porter le Comité Adama à travers toute la France, l’Europe, et jusqu’à Montréal, au Canada. « Notre combat, c’est celui de tous les Français, pas seulement celui des Traoré, des Noirs ou des jeunes des quartiers populaires » explique-t-elle.

Alors, quand les étudiants bloquent les facs, à Tolbiac ou à Nanterre, le Comité rapplique : la contestation ne se fera pas sans lui. « Il faut que les étudiants comprennent que leur combat contre un pouvoir répressif et discriminatoire ne peut pas se faire sans parler des violences policières : ces massacres tuent ; et tuent d’abord des jeunes hommes des quartiers populaires, le plus souvent Noirs ou Arabes ».

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Almamy et Assa devant chez Laurent prêts a porter leur combat

C’est dans la même logique que le Comité s’est invité en tête du cortège parisien de la Marée Populaire, ce rassemblement du 26 mai dernier contre la politique d’Emmanuel Macron. L’objectif : représenter une population « trop souvent oubliée des mouvements sociaux », et ajouter à la liste des revendications ses problématiques spécifiques, lesquelles s’étendent des « crimes policiers à la gestion coloniale des banlieues, le tout étant intrinsèquement lié au racisme, à l’islamophobie et la négrophobie ». Ainsi, c’est à un front populaire et révolutionnaire qu’appellent le Comité Adama et Assa Traoré : « on va s’assoir, on va parler, on va faire des alliances ; et la révolution, on va la faire ensemble ».

Un mouvement révolutionnaire surveillé de près par l’État

Une route vers la révolution qui n’est évidemment pas sans conséquence. Depuis la mort d’Adama, quatre de ses frères sont désormais en prison, tous pour des motifs liés à l’enquête. En février dernier, lors de l’audience de l’un d’entre eux, Bagui, la police interdisait l’accès au tribunal de Pontoise à celles et ceux portant un t-shirt Justice Pour Adama, tandis que l’identité de tou·te·s a été exigée et consignée par les forces de l’ordre. De même, le 30 avril dernier, alors que le Comité organisait un rassemblement familial à Beaumont-Sur-Oise, offrant barbecue et cours de boxe gratuits aux enfants et adultes autour de la championne Aya Cissoko, l’armée était présente, avec véhicules et armes de guerre bien visibles.

 

Le Comité dénonce une stratégie de « harcèlement » visant à essouffler son combat : « mes frères sont des prisonniers politiques, nous subissons un véritable acharnement… acharnement n’est même plus un terme assez fort ; il faudrait inventer un mot ! » s’exclame Assa Traoré.

Une révolution pour d’abord obtenir « le droit de vivre »

En s’imposant en tête de cortège le samedi 26 mai 2018, le Comité Adama a lancé un signal fort à la gauche, à l’État, et au peuple français : la prochaine révolution sociale ne pourra pas se faire sans les quartiers populaires, sans parler des violences policières qui y sévissent, et sans agir pour que les choses changent.

La Marche Adama, qui se tiendra le 21 juillet prochain à Beaumont-Sur-Oise (Val d’Oise), s’inscrit dans la même logique : rassembler autour de « ce combat qui nous concerne tous ». Si l’heure de construire une République nouvelle et plus juste est venue, celle-ci devra traiter effectivement ses enfants à égalité, qu’ils soient Noirs ou Blancs, qu’ils vivent en banlieue ou non. Il faudra réformer, pour que dans cette République-là, se faire contrôler par la police ne soit plus mortellement dangereux pour une partie des Français.

Parce que, comme le martèle Assa Traoré, ce qui se joue derrière cette révolution, c’est la revendication d’un droit fondamental : « nous demandons le droit de vivre. ».

Sarah Patier, membre du Comité Adama / Photo par Eléa Schmitter – Montréal 2017

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