INDE : Divya, la vie d’une lycéenne en Himalaya

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Divya a 18 ans. Cette jeune lycéenne vient d’un petit village dans le nord de l’Inde, Bihar. Situé en montagne, il laisse entrevoir le Great Himalayan National Park. Ses maisons traditionnelles dressent un décor pittoresque commun aux villages alentours. Divya, toujours souriante, nous raconte son quotidien avec panache.

Une communauté soudée

J’habite avec ma famille dans un village de montagne. Nous sommes huit enfants, six filles et deux garçons. Mais en vrai, je n’ai que quatre sœurs. En fait, nous habitons avec mon oncle et sa famille, et partageons le même quotidien. Je ne fais plus de distinctions entre frère et cousin !

Mon père est agriculteur, ma mère est femme au foyer et mon oncle est menuisier. Notre vie au village est paisible, tout le monde se connaît et l’entraide est importante. Si ma famille rencontre un souci, nous pouvons compter sur les autres habitants. Par exemple quand il y a des constructions à faire au village, tout le monde va y mettre du sien pour transporter les matériaux depuis la ville principale, Banjar, située à huit kilomètres. Personne ne demande d’argent en retour, nous sommes récompensés autour d’un bon repas. Mais l’aide ne s’arrête pas là, les gens vont s’entraider pendant les récoltes, quand quelqu’un est souffrant, et si un villageois a des problèmes d’argent il pourra emprunter facilement auprès des autres.

J’aime ma vie au village car une bonne entente y règne et la communication entre les habitants est facile. Nous sommes tous hindous et vénérons le dieu local Shringa Rishi, il représente le roi des temps modernes. Tous les matins, une personne du village se dévoue pour faire la tournée des maisons et collecter du lait (deux litres en moyenne), pour ensuite faire une offrande aux dieux et aux prêtres responsables du temple.

lycéenne temple

 

Mon quotidien à Bihar

Tous les matins je me lève à 5 heures. Pendant une heure, je me promène avec mes frères, mes sœurs et des voisins. Quand il y a un peu de travail à faire, comme par exemple ramasser du bois ou du foin, nous le faisons mais ce n’est pas systématique.

Je rentre vers 6 heures pour nettoyer la maison et faire à manger avec mes sœurs et ma mère. Puis nous nous préparons pour aller à l’école. Vers 8 heures, après avoir faire notre puja (prière) nous prenons notre petit déjeuner, avec au menu du riz et du dahl (plat à base de lentilles) et parfois du yaourt car ma famille possède des vaches.

Vers 9 heures nous partons à pied jusqu’à Banjar. Nous avons une heure de marche, matin et soir. Je commence les cours à 10 heures et je termine à 16 heures. J’ai différentes matières au lycée. J’étudie l’Hindi, l’Anglais, les sciences politiques, l’histoire et les soins de santé. J’ai un intérêt particulier pour les sciences politiques et j’ai choisi l’option santé, dans l’espoir de devenir un jour infirmière.

Après l’école je rejoins mes sœurs ; nous rentrons directement à la maison. Une fois arrivées, nous avons un peu de temps pour étudier puis nous devons préparer à manger pour toute la famille.

Vers 20 heures, après avoir fait notre puja, tout le monde se réunit pour le dîner. Parfois nous mangeons les restes du matin ou nous cuisinons autre chose, souvent du Khari (plat en sauce, à base de yaourt) ou du Rajma (plat local à base de haricots rouges). Nous dégustons ces repas avec des rotis (le roti est le nom général pour les pains indiens : chapati, naan, dosa…) des chapatis (sorte de galettes).

Nous cuisinons en fonction des récoltes et des saisons. Quand certains légumes ne poussent pas dans les champs, nous prenons ce que la nature nous offre (des orties par exemple).

Une fois le dîner terminé, nous regardons la télévision pendant une heure, c’est un peu notre rituel familial. Vers 10 heures, nous allons tous nous coucher. Mes sœurs et moi dormons dans la même pièce.

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La notion de rêve m’est lointaine

Après le lycée j’aimerais poursuivre mes études et devenir infirmière, mais c’est encore incertain. Si je continue, je resterai à Banjar. On ne part jamais très loin du cercle familial, d’ailleurs je n’ai pas beaucoup voyagé dans ma vie. Je suis déjà partie à Shimla et à Kangra (des villes de ma région) grâce à des sorties scolaires.

Quand j’arrive à avoir un peu de temps libre, j’aime lire. Je feuillette les ouvrages disponibles à la maison comme le Mahabharata ou le Bhagavad Gita, ce sont des mythologies hindoues et des textes sacrés.

Je n’ai pas vraiment de rêve dans ma vie, ici ce n’est pas des choses auxquelles on pense. Les rêves se réalisent uniquement quand la personne en a les moyens, ou si une opportunité extraordinaire se produit. Ma culture m’apprend à prendre la vie comme elle vient et ne pas trop penser au futur, dont je ne suis pas maître.

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Le mariage en Inde

En Inde, le mariage arrangé est encore très courant. Tout dépend des régions et des traditions. En général, la famille prend la décision pour ses enfants, elle choisit son ou sa futur·e marié·e et la date du mariage.

Dans ma vallée cela se passe différemment. Les jeunes tombent amoureux secrètement, la fille s’enfuit dans la famille de son bien aimé. Elle se marie sans en informer ses proches. Quelques jours plus tard, la belle-famille appelle ses parents pour annoncer l’union. Parfois le mariage est accepté et les deux familles se réunissent pour fêter l’évènement. Si les parents s’opposent au mariage, la jeune fille devra retourner chez elle.

En ce qui concerne la dot, dans ma vallée cela ne se fait plus trop. C’est d’ailleurs un poids en moins pour les familles avec beaucoup de filles comme la mienne. Mais certains le font encore par tradition.

Après le mariage, la jeune mariée quitte son environnement pour rejoindre celui de son mari. C’est maintenant à sa belle-famille de prendre les décisions à sa place. Par la suite, nous ne voyons plus trop nos proches, car cela annonce de mauvais présages. Cette étape dans notre vie de jeune fille est très difficile, devoir quitter le cocon familial pour un avenir inconnu.

Nolwenn Lyonnet et Stephan Marchal – Équipe le Fil Rouge

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