JAPON : Pourquoi les Japonaises raffolent-elles des mini-jupes?

JAPON : Pourquoi les Japonaises raffolent-elles des mini-jupes?
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Phoebe vit au Japon depuis plusieurs années et aime observer la société dans laquelle elle évolue. Dans cet article elle nous parle du phénomène de la mini-jupe qui a conquis depuis les années 1990 les jeunes japonaises. Entre revendication féministe, phénomène de mode et contexte culturel, le succès de ce petit morceau de tissu en dit long sur la société nippone !

Si vous êtes déjà allé au Japon, vous aurez sûrement remarqué que, quelle que soit la saison, les Japonaises de moins de 25 ans qui côtoient les quartiers branchés des grosses villes portent souvent des jupes courtes.

Héritée de la mode des années 1960, la mini-jupe a explosé au Japon dans les années 1990. Véritable phénomène de société, on la porte aujourd’hui aussi bien dans les rues qu’à l’école, où l’uniforme féminin se compose déjà d’une jupe. Et si cette dernière ne doit pas dépasser les cinq centimètres au-dessus du genou, il y a toujours quelques lycéennes qui raccourcissent la leur pour aller flâner près des grands magasins une fois les cours terminés.

Pourquoi diable, la jupe courte est-elle si populaire au Japon ? C’est-ce que l’on va essayer de comprendre !

Une revendication féministe ?

Afin de décrypter un peu mieux cette tendance, remontons à l’origine du phénomène : la mode Kogaru. Contraction du mot “ko” désignant des choses de petite taille, et de la locution “garu” venant de l’anglais “gal” (littéralement “nana”), l’expression Kogaru désigne ces jeunes filles des années 1990 au style décalé : cheveux décolorés, peau bronzée, faux-cils, chaussures à plateformes, et bien-sûr… mini-jupe !

Influencées par la musique pop américaine, les kogaru ont fait de la jupe au-dessus du genou l’étendard de leur style vestimentaire. Leur but ? Sortir des rangs et montrer qu’on peut assumer sa féminité sans complexes.

JAPON : Pourquoi les Japonaises raffolent-elles des mini-jupes?
Source : paperblog

Issues des milieux populaires, les kogaru ne sont pas prédestinées à faire de brillantes études dans une société où le nom de l’université est déterminant pour trouver un « bon » emploi. Se distinguer des « filles de bonnes familles » dont l’avenir est tout tracé, apparaît alors pour les kogaru comme un moyen de protester contre les injustices sociales qu’elles subissent.

Pour l’anthropologue Laura Miller, cela irait même plus loin. Refuser les codes vestimentaires en vigueur permettrait également à ces jeunes filles de rejeter les dictats de la société patriarcale dans laquelle elles vivent : « un des aspects de ce genre de subculture implique le refus de ces hommes et ces femmes de se conformer aux modèles de masculinité et de féminité en vigueur. »

Couleurs neutres, pantalons droits et jupes aux genoux, la mode féminine de l’époque prône en effet la discrétion. Une qualité très appréciable chez une femme si l’on en croit la doctrine confucianiste qui berce la société japonaise depuis des siècles. Avec ses écussons et ses centimètres entamés, la jupe des kogaru apparaît donc comme un vêtement féministe, qui prône l’imagination et la liberté d’expression dans une société où les femmes devraient se faire toutes petites.

JAPON : Pourquoi les Japonaises raffolent-elles des mini-jupes?

Mais la jupe courte est-elle vraiment un vêtement féministe ? Bien que les kogaru aient voulu sortir des rangs avec leurs jambes nues, toutes les jeunes filles qui portent des jupes courtes aujourd’hui ne le veulent pas forcément. Et toutes les jeunes filles qui le veulent ne portent pas non plus toutes des jupes courtes !

Très rapidement après le lancement de la mode kogaru, la jupe courte est en fait passée dans les grandes tendances nationales et n’en est pas sortie depuis. Comment expliquer alors que la mini-jupe ait réussi à devenir un phénomène de masse que même les filles « de bonnes famille » ont adopté ? La réponse se trouverait peut-être du côté de la situation économique de l’époque…

La récession des années 1990, la clé du succès commercial ?

La mode, c’est comme un tweet de Kim Kardashian. C’est émis par une personnalité ou un groupe social qui se distingue de la masse, diffusé sur une plateforme qui a de l’influence, et ça arrive aux oreilles de Monsieur et Madame Tout-le-monde qui choisira ensuite de l’ignorer ou de le retweeter.

Bien que les kogaru aient lancé la mode de la jupe courte au Japon, il aura fallu l’aide de deux médias puissants pour la rendre incontournable dans toutes les penderies : la presse magazine et la télévision.

Rapidement présentée par les magazines de mode comme la dernière tendance à adopter, la mini-jupe gagne alors le cœur du plus gros groupe d’influencers de l’époque : les lycéennes. Et là, c’est le jackpot !

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Source : News on Japan

Pour Tadashi Suzuki, sociologue japonais, les lycéennes ont un pouvoir considérable sur le milieu du prêt-à-porter japonais : « La mode lycéenne influe sur celle de toutes les générations et fait la tendance […] Pour faire simple, le déclin du nombre de jeunes et de la compétition pour entrer à l’université a donné plus de temps aux lycéennes pour s’amuser [et faire du shopping]. La récession des années 1990 a modifié les goûts du public qui passent de produits de grande valeur à des accessoires à petits prix qui correspondaient à ceux que les Kogaru appréciaient »

Salles d’arcades et 100 yens shops, les loisirs à petits budgets explosent littéralement sur l’archipel ! Tout comme la jupe courte que les lycéennes commencent à s’arracher et à démocratiser autour d’elles. La popularité de la mini-jupe ne cesse alors de croître pendant près d’une décennie, et finit par atteindre son apogée à la fin des années 1990 lorsqu’elle fait ses premiers pas à la télévision sur les jambes des starlettes de l’époque. C’est la consécration !

Un vêtement confucianiste ?

Comme le jean aux États-Unis ou la petite robe noire en France, la mini-jupe s’est imposée sur la durée au Japon et plus largement en Asie. En effet, le pays du soleil levant n’est pas le seul pays d’Asie où la mini-jupe est socialement acceptée voire encouragée. Il suffit de jeter un œil à son voisin la Corée du Sud pour constater que la jupe courte y est également une institution.

JAPON : Pourquoi les Japonaises raffolent-elles des mini-jupes?
Source : Seoul street fashion week

Si en Europe la réputation de la mini-jupe reste sulfureuse, au Japon et en Corée du Sud elle est plutôt positive. Glamour et tendance, elle n’est pas associée à la vulgarité ou à l’envie de plaire au sexe opposé. On porte la jupe courte parce qu’on la trouve à son goût et c’est tout ce qui importe.

Comment expliquer une telle différence ? La présence du confucianisme au Japon et en Corée du Sud ! Dans les sociétés confucianistes, montrer ses jambes n’est pas considéré comme vulgaire ou aguicheur, a contrario du décolleté qu’il reste mal vu d’afficher en public. Exposer sa poitrine, c’est mettre en avant son statut de femme dans l’espace public, et ça, c’est aller directement à l’encontre des règles mises en place par Confucius !

Correspondant totalement aux critères de bienséance des sociétés confucianistes, la mini-jupe a donc pu s’imposer sans problème dans les codes vestimentaires de ces pays asiatiques, là où en Europe, l’héritage religieux fait qu’elle n’a jamais été totalement acceptée.

Vers des jupes de plus en plus courtes ?

Aujourd’hui, le succès des mini-jupes au Japon ne se dément pas. Et on voit même plus loin désormais avec l’apparition des super mini-jupes et des super mini-shorts.

Apparues en Asie à la fin des années 2000, les super mini-jupes ont une longueur moyenne de 25 centimètres de long, soit 10 centimètres de moins qu’une jupe courte standard. La raison de leur succès ? Les chanteuses de J-pop et de K-pop qui vulgarisent ces vêtements et leur confèrent une image glamour.

La mini-jupe, quelle que soit sa longueur, a donc encore de beaux jours devant elle en Asie !

JAPON : Pourquoi les Japonaises raffolent-elles des mini-jupes?
Les jupes du groupe sud-coréen BlackPink sont tellement courtes que les stylistes doivent leur mettre des shorts de “sécurité”
Source : Aminoapps

D’après un article de Phoebe L. – Équipe Le Fil Rouge

Retrouvez l’article dans son intégralité sur le blog de Miss Frenchy Japan, en cliquant ici ! 

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