KOSOVO – PRISTINA : Un air plus pollué que celui de Pékin !

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La pollution de l’air à Pristina, causée par des centrales électriques à charbon obsolètes, a atteint un niveau de dangerosité jugé pire que celui de Pékin. Les émanations toxiques plongent le pays dans une situation de détresse sanitaire.

Le Kosovo figure parmi les pays les plus pauvres d’Europe. L’électricité y est produite à partir d’un des combustibles le moins cher disponible : le charbon. De nombreux foyers l’utilisent pour se chauffer, surtout lors des hivers extrêmement froids que connait le pays, comme celui de 2017, lorsque la température a atteint -30 degrés.

Deux centrales obsolètes

La petite ville d’Obiliq est située en banlieue de Pristina. Sur ses 30.000 habitants, 4.000 vivent coincés entre les centrales électriques « Kosovo A » et « Kosovo B ». Construites respectivement en 1965 sur le modèle technologique soviétique et en 1975 selon les standards de la RDA (République Démocratique d’Allemagne), ces installations sont dépassées et mal entretenues. Leurs émanations, conjuguées au chauffage au charbon des habitations individuelles, empoisonnent l’air.

Aucune mesure n’a encore été effectuée à Obiliq. Toutefois, depuis 2016, l’ambassade des États-Unis à Pristina, située à 15 kilomètres de la bourgade, réalise régulièrement des analyses de l’air. Les résultats sont alarmants : la capitale du Kosovo se situe parmi les villes les plus polluées au monde, particulièrement en hiver.

Pour le ministre du développement économique kosovar, Valdrin Lluka, l’absence de potentiel hydroélectrique et de ressources en gaz ne permet pas d’envisager la création de centrales nucléaires pour produire l’électricité du pays. Selon lui l’autonomie énergétique est un enjeu stratégique pour le Kosovo (notamment vis-à-vis de la Serbie), qui justifie le recours au charbon, principale ressource disponible.

La société nationale d’électricité, KEK, possède 72% des sols à Obiliq et emploie 4.700 personnes dans les centrales ou ses mines.

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© Gazetaexpress

Quand respirer nuit gravement à la santé

Les habitants de Pristina, dont beaucoup sortent de chez eux équipés d’un masque, disent ressentir constamment la pollution. « Respirer nuit gravement à la santé », lisait-on lors d’une manifestation récente. L’air de la ville est de plus en plus dangereux et de nombreux problèmes pulmonaires sont recensés. « Les conditions environnementales peuvent être extrêmes dans des zones d’habitation proches des principales sources de contamination », renchérissait en 2015 l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans une étude sur le secteur d’Obiliq.

« Je sais à quel point l’électricité est importante pour le Kosovo. Mais on ne peut violer le droit des gens à la santé et un environnement propre », expose le Dr Haki Jashari, directeur du petit hôpital de la ville, en tentant d’alerter sur le problème. Il poursuit « on a enregistré 88 nouveaux cancers en 2017 » évoquant par ailleurs maladies cardiovasculaires et diverses affections. « Ceux qui le peuvent s’en vont, pour s’éloigner de la maladie et protéger leurs enfants. »

Selon Sahit Zeqiri, proviseur du lycée technique, tout est contaminé, « l’air que l’on respire, le sol que l’on cultive, l’eau que l’on boit ». Chaque jour, dit-il, cinq à dix élèves manquent, victimes de bronchites ; le sport extérieur est banni.

Malgré ces constats déplorables, aucune étude épidémiologique n’a encore calculé l’impact sanitaire des deux centrales qui fument sans relâche. Tout n’est qu’estimation. Mais les faits sont là !

La pollution atmosphérique serait, selon la Banque mondiale, à l’origine de « 852 morts prématurées, 318 nouveaux cas de bronchites chroniques, 605 hospitalisations et 11.900 visites aux urgences » au Kosovo.

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© Gazetaexpress

Le danger aux portes de l’UE

L’Alliance pour la santé et l’environnement basée à Bruxelles (HEAL) a montré dans une étude réalisée en 2017 qu’environ 60% des émissions dans les Balkans occidentaux atteignent les Éats membres de l’Union européenne. « Si l’UE veut améliorer la qualité de l’air, elle doit s’attaquer aux Balkans. Il est difficile d’avoir de l’air pur si un autre (pays) vous pollue », a déclaré Vlatka Matkovic Puljic, responsable de la santé et de l’énergie de HEAL pour la région des Balkans.

Dès lors, des décisions ont été prises. Le ministre Valdrin Lluka annonce une amélioration rapide : avec l’aide de l’Union européenne, les filtres de Kosovo B doivent être changés ; Kosovo A, promet-il, sera remplacée en 2019 par une centrale gérée par une compagnie américaine, dotée d’une technologie plus propre.

Au niveau national, une loi récente prévoit que KEK verse à Obiliq 20% de la valeur du charbon extrait, ce qui triplera le budget de la municipalité. De quoi mesurer la qualité de l’air, assainir les sols, renforcer la prévention médicale, énumère le maire Xhafer Gashi.

« Nous ne manquons pas de conscience environnementale mais nous ne sommes pas au niveau de l’Europe occidentale en termes de capacités, il nous faut plus d’aide », dit Edmond Nulleshi, le dirigeant de KEK. Pour réhabiliter la centrale Kosovo B, il faudrait selon lui 300 millions d’euros. Il espère « l’aide des donateurs internationaux. » Le problème du Kosovo ne concerne pas que le Kosovo et il est temps de se réveiller.

Nadia Kerriche – Équipe Le Fil Rouge

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