MONDE : La langue arabe, cette belle inconnue dédaignée

MONDE : La langue arabe, cette belle inconnue dédaignée
  • 498
    Shares

Shaimaa est égyptienne. Traductrice et linguiste, elle s’intéresse aux langues arabes. Parce qu’il n’y a pas qu’une langue arabe mais plusieurs et que cette pluralité rend compte de la richesse infinie de la culture arabe. A l’heure où la question sur l’enseignement de la langue arabe dans les écoles se pose en France, il est bon de rappeler quelques bases pour détendre l’atmosphère et arrêter d’avoir peur de l’arabe.

Apprendre l’arabe prouve t’il son ouverture d’esprit?

Quand j’étais petite, j’ai voyagé avec mes parents en Tunisie. Ils m’ont inscrit dans une école de la mission française mais en même temps, ils ont choisi que j’apprenne la langue arabe car c’est ma langue maternelle. Durant les cours d’arabe à l’école, j’ai découvert la beauté de la langue arabe littérale, tandis que je parlais l’arabe dialectal à la maison et le français avec mes camarades. Puis j’ai découvert, à dix ans, la littérature arabe, que j’ai dévorée avec un très grand plaisir.

Je me rappelle jusqu’à maintenant les phrases qu’on nous apprenait avec de très belles assonances. J’ai continué à aimer l’arabe quand je suis rentrée vivre en Egypte, mon pays d’origine. Ainsi, la polémique qui s’est déclenchée en France autour de l’enseignement de l’arabe à l’école publique m’a beaucoup surprise. Les opposants au projet d’instruction de la langue arabe évoquent des arguments très sérieux et sophistiqués pour repousser ce projet, criant au “communautarisme” et au “catéchisme islamique”.  Pourquoi diable utiliser de telles expressions pour qualifier l’apprentissage d’une langue étrangère? Pourquoi parle-t-on de communautarisme qui laisse entendre un repli sur soi quand on parle de langue arabe alors qu’on parle d’ouverture culturelle et ouverture d’esprit pour les autres langues?

L’arabe écrit VS l’arabe parlé

L’arabe n’est pas une langue si facile. Il vaut mieux l’apprendre dès l’enfance pour parvenir à la maîtriser. Comme mentionné, il existe deux variantes de la langue arabe. La variante écrite et la variante parlée. Nous n’avons pas de preuve concernant comment nous parlions l’arabe avant le 19ème siècle, sauf quelques textes écrits citant des phrases de la version parlée. C’est intéressant d’étudier comment la variante écrite a influencé la variante parlée et l’inverse si nous avons les sources requises. Il est à noter que les grammairiens ont standardisé l’arabe écrit durant les premiers siècles de l’Islam.  Ils ont, ainsi, collecté les formes rares de l’arabe chez les bédouins, qu’on croyait être la forme la plus ancienne de la langue arabe. Puis on s’est intéressé à comment l’arabe était transmis et enseigné aux peuples des pays conquis par les Arabes. Puis enfin seulement, on s’est demandé comment la langue arabe était enseignée aux Arabes. Plusieurs langues arabes, plusieurs façons de les transcrire et de les enseigner.

Nous pouvons diviser la langue arabe quant à son évolution, en arabe classique, moyen et moderne. Un arabe classique standardisé est toujours utilisé ou imité dans les cercles religieux, tandis que l’arabe moderne est davantage utilisé dans les journaux. En revanche, en comparant le journal Al-Ahram (grand journal Égyptien) et le journal Al Hayat (grand journal publié à Londres, et ayant un fondateur libanais), nous allons trouver, dans chacun, des termes différents. Mais ce sont des différences qui sont nettement moins grandes que celles qui existent entre les dialectes. Dans un pays à l’autre, le nombre de dialecte varie, ce qui rajoute une petite dose de complexité à l’affaire.

Par exemple en arabe littéraire, pour dire “comment ça va?”, nous disons « Kayfa Hallok? ». En arabe égyptien, la même question se dira « Ezayak? » qui est totalement différent. Tandis qu’en arabe maghrébin: « Wesh rak? » ou « Ki rak » selon la région, et qui est une déformation de « Kayfa arak » que l’on peut traduire par “comment je te vois ». Dans l’arabe du Golf, ils disent « Esh lonak » qui signifie littéralement  “quelle est ta couleur?”. Vous suivez ?

MONDE : La langue arabe, cette belle inconnue dédaignée
Comment écrire baleine

L’arabe Maghrébin peut il comprendre l’Arabe Levantin ?

Quelle que soit la façon avec laquelle les anciens Arabes parlaient, les Arabes d’aujourd’hui conserveront leurs langues orales et écrites modernes. A la diglossie de la langue arabe, s’ajoutent les différences entre les dialectes, qui provoquent un écart important entre les différentes populations de langue arabe surtout les Levantins et les Maghrébins.

Si l’arabe levantin a pu m’être transmis à travers les chansons de Fayrouz et les feuilletons syriens, le langage maghrébin m’a toujours échappé. Un jour, au cours d’un voyage au Canada, je fis la rencontre d’une dame marocaine d’un certain âge, rencontrée à la Mosquée de Gatineau. Malheureusement, elle ne parlait pas le français avec lequel je communiquais avec mes autres amies marocaines. J’ai donc mis un temps énorme à comprendre le seul mot qu’elle a prononcé « Etiquaf » qui veut dire passer la nuit à la mosquée pour entreprendre une série de prières. Ce mot, en plus, existe en arabe égyptien mais son accent à la française a rendu la compréhension impossible! Heureusement, elle n’a prononcé aucun mot après! Or, durant mon séjour au Canada, je voulais à tout prix comprendre l’arabe maghrébin. Je suppliais mon amie marocaine intime de me parler dans son dialecte et me l’apprendre, mais force est de constater que même si je parlais l’arabe d’Egypte et le français, l’arabe maghrébin est resté un concept flou.

Les peuples arabes sont éloignés géographiquement. L’arabe maghrébin est influencé par l’accent andalou, la langue amazighe, et même le français dans la coupure des mots et l’intonation. Ceci en plus de l’arabe littéraire, récupéré ci et là. Ce qui le rend incompréhensible par un Égyptien. A l’inverse, un Maghrébin, à cause des films et feuilletons égyptiens diffusés au Maghreb, pourra comprendre un Egyptien plus facilement (s’il regarde la télé) et jugera son arabe comme étant facile.

Une dégradation de la langue pourtant véhiculée par le Coran

Il existe, donc, une multiplicité de l’arabe. Il n’y a pas un seul arabe, mais plusieurs, que ce soit à l’oral ou à l’écrit. D’ailleurs, il est tentant de savoir comment l’arabe est prononcé à l’époque de Sîbawayh, ou la différence entre l’arabe d’une des plus anciennes tribus du Yémen et une speakerine de la chaîne Al-Jazeera. Jean Druel, théologien et linguiste souligne: « Si on vous parle de l’arabe, vous devez interroger votre interlocuteur sur l’époque concernée, le groupe sociolinguistique, le niveau socio-culturel, etc…, bref: de quel arabe parlez-vous? ».

C’est vrai que le Coran a eu un rôle dans la préservation de la langue arabe, mais en tant qu’Arabe il nous reste un chemin à parcourir, vu la dégradation de cette langue parlée par 538 millions de personnes, à laquelle participe grandement certains politiciens qui font de graves erreurs grammaticales comme les membres du Parlement égyptien par exemple, ou Saad El Hariri, le premier ministre libanais dans son discours devant le Parlement de son pays et où il n’a pas pu prononcer correctement certains mots.

Il est de notre responsabilité de répandre l’enseignement de cette langue à l’étranger non seulement pour rapprocher les étudiants arabes de leurs origines, mais aussi pour partager avec les non-arabophones sa beauté, sa diversité et les nombreux défis qu’elle relève.

Ceci afin surtout de faire changer les mentalités sur cette langue et ne pas se faire accuser de prêcher un catéchisme islamique.

Shaimaa M. Said Abdel Hamid – Equipe Le Fil Rouge

7 commentaires


  1. Désolée, mais il n’y’a qu’une seule langue arabe… Celle du Coran. Appellée aussi l’Arabe litéraire ou classique. À part ça, se sont des dialectes locaux. On ne peut pas dire qu’il éxiste plusieurs langues françaises malgré les différences entre le français parlé en France et celui au Canada par exemple.Report

    Répondre

    1. Oui Mona, il n’existe pas une grande différence entre l’arabe littéral égyptien et marocain par exemple. Mais le dialecte est totalement différent de l’arabe standard. En même temps, il y a une différence entre les dialectes eux-mêmes.Report

      Répondre

  2. D’ailleurs, sur le plan diachronique, l’arabe a évolué à travers les siècles: l’arabe de la période où le Coran a été révélé est différent de celui de la période préislamique et bien sûr de l’arabe moderne.Report

    Répondre

  3. Madame Shaimaa M. Said très bel article et tout à fait d’accord avec votre analyse sur les dialectes maghrebin et du machrek. Je m’excuse de vous le dire mais vous avez un réflexe de « colonisé », vous melangez, consciemment ou inconsciemment langue et dialectes et je rassure tout de suite les non initiés qu’il n’y a qu’une seule langue, celle du Coran, langue parler par la tribu de Koreich à la Mecque langue maternelle du prophète Mohamed lui-même. Que d’aucun se poseront la question de ce choix, en premier le prophète n’y était pour rien, mais c’était le troisième kalife Othman Ibn Affane qui a pris la bonne decision en ne laissant qu’une copie du Coran en brûlant les autres copies qui étaient plus ou moins traduites dans des dialectes très légèrement différentes d’une tribu à l’autre, ce qui pouvait altérer le sens des versets. En tous les cas dans tout le monde arabe il n’y a qu’une seule langue qu’on appelle arabe classique, un point c’est tout, c’est je crois la langue la plus simple qui soit avec seulement 26 lettres et les accents comme voyelles. Je résume quant on parle de la langue arabe c’est l’arabe classique et c’est celle du Coran, il n’y a pas plus simple.Report

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *