LIBAN – NAHR EL-KALB : La mémoire d’un pays gravée dans la pierre

Nahr el-Kalb Liban
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Il existe à quelques kilomètres au nord de la capitale du Liban, Beyrouth, un lieu fascinant qui a valeur de livre d’histoire à ciel ouvert. Partons à la découverte de la vallée historique du Nahr el-Kalb, littéralement, le fleuve du chien. Inscrite sur la liste « Mémoire du monde de l’Unesco » en 2005, la plupart des empires et des conquérants du pays du Cèdre y ont laissé leur empreinte dans la pierre.

La légende du Piédestal du chien

Sur l’autoroute qui traverse le pays du nord au sud, et qui longe le rivage de la Méditerranée, les voitures et les camions roulent à vive allure, du matin au soir. Soudain, après avoir passé la localité d’Antélias, connue pour abriter le Catholicossat arménien de Cilicie (juridiction de l’Église apostolique arménienne aujourd’hui située en Turquie) et le musée renfermant les trésors de la diaspora arménienne, un tunnel annonce la vallée historique du Nahr el-Kalb, le lieu même où le fleuve du chien, se jette dans la mer.

Selon la légende, rapportée par le Chevalier d’Arvieux qui visita les lieux au 17e siècle, la statue d’un chien était sculptée dans le rocher en haut du cap. Par ses aboiements que l’on entendait, paraît-il, jusqu’à Chypre, la statue du chien signalait l’arrivée des armées ennemies. Les Ottomans abattirent la statue et la jetèrent dans la mer où, par temps calme, elle serait encore visible…

De l’armée de Ramsès II au retrait israélien du Liban en 2000

La présence d’une statue représentant un chien n’a jamais réellement été attestée par les recherches archéologiques. Pourtant, ce lieu est, depuis le 14e siècle avant Jésus-Christ, emblématique par les stèles que les nombreuses armées qui ont conquis le Liban ont laissées au fil des ans. De l’armée égyptienne de Ramsès II, en passant par les Assyriens ou encore l’empereur romain Caracalla, bon nombre des conquérants de l’Antiquité ont gravé dans la pierre leur passage dans ces lieux. Il s’agit bel et bien d’une tradition, perpétuée de siècle en siècle jusqu’à la période moderne.

Au 19e siècle les armées européennes sont de retour sur le sol levantin. L’empereur français Napoléon III n’hésite pas, alors, à sacrifier une stèle antique qui représente le dieu serpent égyptien Ptah pour mener l’expédition dans le Chouf libanais en 1860.

Nahr el-Kalb
Plaque de Napoléon III

Le 20e siècle, marqué par des troubles majeurs, n’est pas en reste. Un obélisque est érigé en hommage aux armées de la France Libre et des alliées lors de leur arrivée au Liban en 1942 : ces derniers avaient en effet débarrassé le pays des forces loyales au régime fasciste de Vichy. En 2000, une dernière stèle est établie lorsque l’armée israélienne quitte le sud Liban après des décennies d’occupation liée à la guerre civile qui ensanglante le pays de 1975 à 1990.

Une mémoire qui s’efface, un fleuve qui se tarit…

La vallée historique du Nahr el-Kalb revêt donc, aux yeux des Libanais, une importance de premier ordre. D’un coup d’œil, elle permet d’appréhender de façon quasi chronologique, les grands événements de ce pays, si souvent pris dans les aléas de l’Histoire. Mais, elle symbolise aussi les maux actuels du pays tant sa préservation et l’environnement du site sont malmenés.

Que penser de la pollution du site, ou du mince filet d’eau qui coule actuellement dans le lit du fleuve alors qu’une photo des années 1920 montre un fleuve au débit bien plus abondant ?

Dès lors, la vieille bâtisse en ruine à proximité des stèles, le pont ottoman reconstruit sur les fondations d’un ouvrage mamelouke du 13e siècle ou les anciennes voies ferrées recouvertes par la végétation rendent l’atmosphère mélancolique. Une invitation à méditer sur le temps qui passe et sur l’histoire de ce pays si singulier.

Nahr el-Kalb pont ottoman
Le pont Ottoman

Texte et photographies par Olivier Chantôme – Équipe Le Fil Rouge

Pour découvrir le travail d’Olivier Chantôme, lisez notre article interview ou bien visitez son site web.

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