MADAGASCAR : Qui vole un zébu peut se marier!

zébu enfants madagascar

À Madagascar, le zébu, bovin à longues cornes et bosse sur le dos, tire son épingle du jeu. Largement utilisé pour les travaux des champs, il est surtout symbole de prestige. Voler un zébu devient ainsi un acte de courage voire une épreuve initiatique pour envisager un mariage. Mais aujourd’hui des bandes criminelles sèment la terreur pour dérober parfois jusqu’à plusieurs centaines de têtes de bétail.

Le zébu fait partie de l’espèce des bovins et est reconnaissable à ses longues cornes et sa bosse sur le dos. D’origine indienne, il a été importé en Afrique et plus particulièrement sur l’île de Madagascar lors de vagues migratoires. Grâce à ses habilités d’acclimatation, le zébu a pu s’adapter au pays si bien qu’aujourd’hui la rumeur aime à dire qu’il y aurait plus de zébus que d’habitants sur la grande île. Au fil du temps le bovin s’est imposé dans la culture malgache.

Le zébu, un outil de travail

Utile pour différentes tâches, le zébu est un outil de travail souvent indispensable. Aujourd’hui encore, les zébus sont utilisés comme moyens de transport pour tirer les charrettes. C’est particulièrement vrai à la campagne où il est financièrement difficile de s’acheter un véhicule adapté aux pistes. Les zébus sont une bonne alternative permettant le transport d’hommes et de marchandises. Dans certains endroits difficilement accessibles, la charrette à zébu reste le seul moyen capable d’affronter une piste des plus capricieuses.

Surtout, dans un pays où près de 80% des habitants vivent de l’agriculture, les zébus sont indispensables aux travaux dans les rizières où ils sont utilisés pour le labour du champ et pour le « piétinage » (une pratique qui vise à remuer la terre pour créer de la boue).

zébu champ madagascar

 

Un symbole de richesse et de pouvoir

Particulièrement efficaces dans les travaux des champs, les zébus sont un objet de convoitise pour les agriculteurs locaux qui n’hésitent pas à investir leurs économies pour l’achat de ces animaux. Le troupeau représente souvent l’intégralité de la richesse d’une famille et est transmis par héritage de génération en génération. Les zébus deviennent ainsi un véritable symbole de richesse et de pouvoir. En zone rurale, plus une famille possède de zébus plus sa notoriété et son rang social sont élevés.

Mais l’importance des zébus va au-delà même du travail de la terre et est centrale dans de nombreuses cérémonies tels que les mariages ou les enterrements. Lors d’un décès, la famille se doit de sacrifier un ou plusieurs zébus, selon ses moyens. Le nombre de zébus tués représente la grandeur de la famille. Le ciel leur a pris un des leurs, en échange, ils prennent un zébu : le sang contre le sang, symbole du lien entre la terre et les ancestres.

Concernant les mariages, dans certaines régions, l’homme doit offrir un zébu à sa belle-famille afin que celle-ci accepte l’union. Parfois même, il doit être un dahalo, c’est-à-dire dérober un zébu, un acte interprété comme un véritable signe de virilité. Si le jeune dahalo se retrouve en prison pour ce vol, son image n’en sera que meilleure auprès de la famille de sa future femme car il aura prouvé qu’il est un homme.

zébu champ collines

 

Le phénomène dahalo

Mais alors qu’il y a quelques années de cela, les dahalo se limitaient à ces jeunes hommes qui allaient voler un zébu pour obtenir la main de leur prétendante, aujourd’hui le phénomène des dahalo a largement dépassé la coutume. Du simple rituel, nous sommes passés à des bandes criminelles organisées.

De véritables gangs armés se déplacent aujourd’hui en raid, agissant parfois même en plein jour, volant des centaines de zébus, ne craignant plus de tuer, brûler et parfois même prendre des otages. Chaque semaine, le phénomène dahalo affole les chroniques. Dans le sud, la zone rouge du pays, la population vit dans la peur : beaucoup décident même de vendre leurs zébus malgré l’importance que ceux-ci revêtent.

Le début de l’exportation des zébus à l’étranger pour la viande pourrait expliquer ce nouveau phénomène. Les zébus sont vendus en moyenne plus de 200 euros par tête. Cette commercialisation à l’international a ouvert une porte vers un nouveau trafic aux retombés économiques considérables. Et c’est autour de ce trafic que ce serait construit tout un réseau criminel dont les dahalo seraient la base.

Ainsi, le zébu, animal importé, est devenu le pilier même de toute une culture du fait de son importance dans les cérémonies, dans le travail de la terre mais aussi dans la commercialisation de sa viande. Pas étonnant qu’il soit aujourd’hui la proie de réseaux mafieux !

Charlotte Vaissaud – Equipe Le Fil Rouge

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