MEXIQUE/GUATEMALA : La salmonelle et l’exctintion des Aztèques

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16e siècle, les Européens se lancent à la conquête du Nouveau Monde. En l’espace de quelques années seulement, les Aztèques, civilisation millénaire implantée au Mexique et au Guatemala, sont décimés par une maladie fulgurante. Mais laquelle ? Il aura fallu plus de 500 ans aux scientifiques pour résoudre le mystère de la pathologie qui fait saigner les yeux et les oreilles. Une étude publiée en janvier 2018 évoque la possibilité d’une « simple » salmonelle.

La deuxième épidémie la plus mortelle de l’Histoire

Fièvre, maux de tête, hallucinations, jaunisse, pertes de sang par le nez et les oreilles : voici quelques-uns des symptômes de la pathologie qui a décimé plus de 15 millions d’Aztèques entre 1545 et 1550. En seulement 5 ans, l’épidémie a ainsi causé la mort de 80% de la population locale. « L’épidémie a ravagé le Mexique après que les Européens sont arrivés sur le territoire sud-américain. C’est la deuxième épidémie la plus fatale de l’Histoire en termes de pertes humaines [NDLR : après la Grande Peste qui a tué 25 millions de personnes en Europe au 14e siècle] », explique Åshild Vågene, de l’Université de Tuebingen en Allemagne au Guardian.

Environ 20 ans avant, une épidémie de variole avait déjà tué entre 5 et 8 millions d’Aztèques. Un nouvel épisode de contagion survenu à la fin des années 1570 aurait finalement tué la moitié de la très faible population restante. En cinquante ans, les Européens ont ainsi contribué à la quasi disparition d’une civilisation pourtant à son apogée.

Une pathologie mystérieuse finalement très commune

Si cette épidémie est bien connue pour avoir décimé les effectifs aztèques, en revanche le mystère est longtemps resté entier quant à l’origine de la maladie. « La cause de cette épidémie a fait l’objet de nombreux débats depuis des siècles parmi les scientifiques », explique Å. Vågene. « L’identification de l’agent pathogène responsable de ce carnage a été particulièrement difficile pour les scientifiques, car les maladies infectieuses ne laissent que très peu de traces archéologiques. »

salmonelle

Depuis quelques jours, le mystère semble levé. Une équipe de scientifiques européens et américains a en effet réussi à prélever de l’ADN sur les dents d’une dizaine d’individus morts durant l’épidémie. Et l’ADN a parlé ! Appelée « cocoliztli » par les populations locales, la maladie serait en fait due à Samonella Enterica. « Nous avons testé toutes les bactéries pathogènes et les virus pour lesquels nous disposons de données disponibles » précise Alexander Herbig, co-auteur de l’étude. Toutefois, l’équipe responsable de cette découverte scientifique reste prudente : des germes inconnus pourraient être intervenus sans qu’ils puissent être identifiés. « Nous ne pouvons pas assurer à 100% que cette salmonelle est responsable à elle seule de cette hécatombe. Mais nous pensons qu’elle figure parmi les responsables les plus probables ! »

Ce sont bien les conquistadores européens, porteurs des germes du Vieux Continent, qui auraient sans le savoir contaminé les populations amérindiennes. Exposée pour la première fois à cette salmonelle, la population aztèque ne disposait pas des anticorps nécessaires pour la combattre. La science permet ainsi d’éclairer notre vision de l’histoire : la conquête des Européens a été facilitée par les maladies transportées à leur insu !

Julio Pereta – Équipe Le Fil Rouge

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