MEXIQUE : Chevaucher le dragon de la défonce en prenant du peyotl

MEXIQUE : Chevaucher le dragon en prenant du peyotl
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Dans le célébrissime jeu vidéo GTA 5, le héros peut partir en quête de plants de peyotl (petit cactus mexicain). Quand il en a ramassé un certain nombre, il peut les ingurgiter, planer (comme sous LSD) et ainsi voir son joueur se transformer en animal ou yéti. Un gros délire qui existe réellement, au Mexique. Depuis des années, un tourisme mystique se rend dans le nord du pays, pour se droguer avec une petite plante aux vertus hallucinogènes et “chevaucher le dragon” de la défonce. Ce n’est pas pour plaire à tout le monde, évidemment.

Kesako?

Le peyotl est un cactus mexicain qui possède des vertus hallucinogènes. Il est petit, rond et ne possède pas d’épines. Il pousse dans le désert, d’abord sous terre (seule la partie supérieure de la plante émerge du sol). Difficile à trouver, il intéresse beaucoup car il contient de la mescaline, un puissant hallucinogène qui a les mêmes effets que le LSD. On le trouve principalement dans l’Etat de San Luis Potosi, au nord du Mexique, sur les terres ancestrales des indiens Wixarika (Huichols en français).

Les amérindiens s’en servent très occasionnellement, pour leur rites chamaniques. Ils utilisent la mescaline du cactus, depuis plus de 3.000 ans, pour rentrer en contact avec les dieux. Selon le docteur Jay Fikes, ancien professeur d’anthropologie à l’université de Yeditepe, les Huichols croient que le cactus leur confère des pouvoirs thérapeutiques et les aide à entrer en communication avec les divinités. En tant qu’animistes, tout être vivant est pour eux doté d’une âme. Ainsi, la plante du peyotl peut transmettre à l’homme sa sagesse.

MEXIQUE : Chevaucher le dragon en prenant du peyotl
Le peyotl

La consommation du peyotl est formellement interdite par les autorités au Mexique. Seuls les Huichols ont le droit de le récolter et d’en posséder. Néanmoins, cette prohibition n’a pas empêché l’industrie touristique de profiter de l’attrait des occidentaux pour les expériences psychédéliques.

Le développement d’un tourisme mystique

Dans le milieu des années 50, certains touristes se sont essayés au peyotl comme on s’essaie aux drogues. Le but était de profiter de l’effet hallucinant de la mescaline et de planer. Sous mescaline, ce sont principalement des hallucinations visuelles et auditives que l’on a, couplées à une sensation d’euphorie et de bien-être.

Le bruit a couru que ce petit cactus pouvait être la porte d’entrée pour un trip en plein désert et la consommation du peyotl a véritablement explosée durant les années 60 et 70 (années hippies).  A la fin des années 70, l’Etat de San Luis Potosi était devenu un lieu célèbre de pèlerinage mystique. Beaucoup voulait rentrer en transe comme le font les chamanes. Le peyotl est alors devenu un vrai business pour les locaux. On peut en acheter transformé (en poudre, infusion, pommades,…) dans certains magasins. Mais pour que le trip soit total, le preneur doit chercher son propre peyotl lui-même, en plein désert, selon l’adage “ce n’est pas toi qui trouve le peyotl, c’est le peyotl qui te trouve”.

Les inévitables problèmes à ce type de tourisme

Ce cactus pose problème au gouvernement mexicain qui ne veut pas voir débarquer sur ses terres des touristes qui cherchent simplement à se droguer. La consommation du peyotl est un délit fédéral mais cela ne freine pourtant pas les consommateurs. Ces derniers viennent en masse dans l’Etat de San Luis Potosi, vivre leur expérience mystique.

MEXIQUE : Chevaucher le dragon en prenant du peyotl

Si le commerce de la défonce a enrichi la ville de Real de Catorce (bourgade aux portes du désert où pousse le cactus) et sa région, le prix à payer est trop lourd pour les autorités. De nombreux faits divers relatent la mort tragique de touristes ou leur internement en hôpital psychiatrique après avoir ingurgité une forte dose de mescaline. Sans le vouloir, Real de Catorce, site sacré et ancestral pour les chamans huichols, est devenu la capitale du peyotl et véritable lieu de pèlerinage pour tous les aspirants psychonautes. Le maire du village déplore un manque d’infrastructures pour contrôler la consommation clandestine et le trafic illégal de cette plante.

Ces conséquences néfastes retombent inévitablement sur les indiens Wixarika, accusés d’être à l’origine de cette vague de problème par le gouvernement. Leur tradition ancestrale et leur identité sont menacées mais cela, le consommateur occidental en quête de fun n’en a malheureusement que faire.

Pierre Louel – Equipe Le Fil Rouge

2 commentaires


  1. Le Peyotl est en voie d’extinction. Espèce protégée. Donc sa consommation est totalement illégal et au risque de se retrouver comme quelques uns dans des prisons pourries à supplier l’aide au Consulat, à l’Ambassade, aux Affaires Etrangères et même à la Présidence « Au secours, je ne le savais pas ». Là pour le coup l’Etat Français n’y pourra rien pour eux.Report

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  2. Article assez juste, mais personnellement j’ai toujours évité de nommer ces endroits, le faire favorise le désastre écologique et culturel. Vous allez dire: « Si tout le monde est au courant », non justement!, Quelques personnes bien intentionnées ça ne dérange pas, mais des milliers de curieux deviennent des dizaines de milliers, menaçant une plante et une culture native qui en dépend.Report

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