NIGÉRIA : Le festival Felabration, hommage à Fela, père de l’afrobeat

NIGÉRIA : Le festival Felabration, hommage à Fela, père de l’afrobeat
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Le Nigéria se prépare à fêter dans quelques semaines le roi de l’afrobeat et activiste politique, le grand Fela Kuti mort le 2 août 1997. Du 15 au 21 octobre prochains se tiendra le festival Felabration à Lagos, la plus grande ville du pays. Une manière de rendre hommage à celui qui a révolutionné la musique et de montrer la richesse de son héritage.

« Fela Kuti est et reste le plus grand musicien nigérian ; une icône culturelle et politique, au-delà de ses frontières. » Aurélien Sennacherib, attaché de coopération et d’action culturelle à Lagos n’y va pas par quatre chemins quand il s’agit de présenter le père de l’afrobeat. Depuis 1998 (un an après la mort de Fela), chaque année pendant une semaine, le festival Felabration prend possession des rues de la capitale nigériane.

Un festival hommage très sonore

Créé et animé par les enfants du musicien, « Felabration c’est un peu l’équivalent de la fête de la musique en France : des concerts gratuits un peu partout en ville » poursuit Aurélien. À côté des événements musicaux on trouve aussi, de manière plus anecdotique, quelques débats ou ateliers organisés en hommage au musicien novateur et à son engagement.

Le tout est globalement très sonore et connaît surtout un véritable succès. « Au Shrine (un lieu culturel dirigé par la fille de Fela), vu les têtes d’affiche, la foule se presse littéralement et l’espace, pourtant très grand, est plein à craquer » précise le jeune diplomate. Dans les autres salles ou lieux culturels de la ville, comme le Freedom Park, le MUSON Center ou le Bogobiri, la fréquentation est plus aléatoire, même si les Lagosiens sont globalement au rendez-vous.

NIGÉRIA : Le festival Felabration, hommage à Fela, père de l’afrobeat

Difficile pour autant de quantifier le nombre de visiteurs. Quelques fans occidentaux d’afrobeat font aussi le déplacement chaque année, mais cela reste marginal. Peut-être à cause de la mauvaise réputation qui colle à Lagos. Si les visiteurs étrangers ne sont pas légion dans le public, en revanche les amateurs de Fela ont exporté le concept de Felabration aux quatre coins du monde, généralement là où les diasporas nigérianes sont bien implantées. On trouve par exemple des festivals hommage à Fela aux États-Unis ou en Angleterre.

Pionnier de l’afrobeat et militant des droits de l’homme

Mais pourquoi un tel engouement autour de Fela ? Sans doute parce que, comme l’affirme Aurélien Sennacherib, « il a durablement influencé la musique en créant l’afrobeat, une bombe musicale qui a positionné le Nigeria sur la carte musicale internationale. » L’afrobeat c’est un courant musical qui fusionne le jazz, le funk, et des rythmes de musiques africaines ; des sons résolument novateurs inspirés des meilleures influences internationales mais profondément enraciné au Nigéria. Une démarche inédite.

Ce qui a conquis aussi le peuple nigérian c’est le côté activitste du personnage pour qui « music is the weapon of future » (la musique est l’arme de l’avenir). Militant panafricaniste, antimilitariste, Fela dénonce, notamment dans ses chansons, les travers de la société nigériane de son époque, entre corruption, politiciens véreux, faiblesse de l’éducation et conditions de vie précaires des Nigérians. Et il le paie de sa personne : sa famille est harcelée (sa mère décède des suites d’une défenestration par des militaires, son frère est emprisonné), il est emprisonné à plusieurs reprises et torturé. Ses prises de position et ses actions dans le champ politique lui ont valu une reconnaissance de la part de tout un peuple qui continue de se souvenir d’un grand homme, qui chantait des travers toujours d’actualité 30 ans plus tard.

Tiphanie François – Équipe Le Fil Rouge

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