POLYNÉSIE FRANÇAISE : Des vahinés XXL, le fléau de l’obésité

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Le profil des vahinés de Gauguin n’a plus grand-chose à voir avec celui des Polynésiennes d’aujourd’hui. En 2016, 7 Polynésiens sur 10 souffraient de surpoids. Un chiffre alarmant avec d’importantes répercussions en matière de santé publique.   

Plus d’obèses en Polynésie qu’aux États-Unis

En 2010, la Direction de la Santé en Polynésie réactualise une étude de 1995. Les résultats sont très préoccupants. 70% des habitants des quelques 120 îles qui forment la Polynésie sont en surpoids (ce qui se caractérise par une concentration de masse graisseuse et un excès de poids). Plus alarmants encore, 40% ont atteint le stade de l’obésité. Le taux de prévalence est particulièrement élevé chez les femmes, puisque plus de la moitié d’entre elles sont obèses (55% contre 38% des hommes). Et les jeunes générations n’échappent pas au phénomène. 36% des enfants entre 7 et 9 ans sont aussi concernés.

Gauguin, La graine d’Areoi – 1892

Malgré leur éloignement et leur isolement apparents (les terres les plus proches sont à plus de 8.000 kilomètres), ces archipels ont suivi une tendance mondiale. La revue scientifique britannique The Lancet a publié en avril 2016 une étude qui révèle que « l’obésité touche 13% de la population mondiale. En 40 ans, nous sommes passés d’un monde où l’insuffisance pondérale était deux fois plus importante que l’obésité à un monde où les personnes obèses sont plus nombreuses que celles en sous-poids. ». Malheureusement, la Polynésie (avec la Micronésie) est la région la plus touchée au monde… devant les États-Unis !

Bien sûr le phénomène inquiète les professionnels de la santé car le surpoids intervient dans le développement de nombreuses maladies comme le diabète, les maladies cardio-vasculaires ou même certains cancers. Selon La Caisse de Prévoyance Sociale, « les maladies liées à l’obésité, aux complications de problèmes cardiovasculaires ou au diabète, sont d’ores et déjà à l’origine de 3.000 nouveaux allocataires en longue maladie chaque année », rapporte Tahiti infos. Le traitement de ces pathologies représente ainsi un coût considérable pour la société. Le diabète par exemple coûte 3 milliards de Francs Pacifiques Français (soit 25 millions d’euros) par an à la Direction de la santé.

« Big is beautiful »

Mais comment expliquer une telle situation ? Les habitudes alimentaires y sont bien évidemment pour quelque chose. À Tahiti et Moorea par exemple, les deux îles les plus peuplées de Polynésie, les roulottes et les snacks de bord de route vendent frites, steaks sauce roquefort, plats chinois trop gras, gâteaux et jus trop sucrés. Ce régime alimentaire lié à un manque d’activité physique et à des prédispositions génétiques, comme l’évoquent certaines revues scientifiques, serait à l’origine de ce surpoids généralisé.

Il faut dire que les archipels polynésiens ont connu des changements fulgurants en l’espace de quelques années. Jusque dans les années 1950, les habitants se nourrissent encore quasi exclusivement des produits agricoles qu’ils cultivent pour leur propre consommation et des poissons et produits de la mer qu’ils pêchent. C’est l’implantation du Centre d’Expérimentation du Pacifique dans les années 1960 qui bouleverse tout. C’est le boom des produits importés : pizzas, poulets ou steak surgelés, sodas, etc. La malbouffe prend ses aises, à côté d’un modèle alimentaire local en perte de vitesse. Or, selon JP Poulain, anthropologue, « un lien positif fort apparaît entre l’obésité et la mixité au sein d’une même journée alimentaire de formes de repas issus de modèles différents ».

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Ce dernier éclaire aussi ce phénomène de surpoids des vahinés par la culture et les normes locales. Selon lui, « la culture polynésienne valorise les fortes corpulences. » Il présente notamment l’institution du ha’aporia. « Aux yeux des Tahitiens, l’embonpoint était signe d’élégance et caractéristique des personnes de rang royal. La maigreur étant chez eux signe de maladie, les metua poria (parents engraisseurs), faisaient profession d’engraisser les enfants en les gavant de nourriture composée surtout de légumes et de fruits. […] Le ha’aporia concernait les jeunes aristocrates et la période d’engraissement se terminait par une sorte de concours de beauté où le champion était le plus gras. »

Aujourd’hui encore pour beaucoup de Polynésiens « Big is beautiful » comme le dit le Ministre de la Santé du Pays. Mais les pouvoirs publics ont pris la mesure du phénomène et essaient de mettre en place des actions d’éducation à l’alimentation et de promotion de l’activité physique. De quoi inverser la tendance ? Rien n’est moins sûr !

T.F. – Équipe Le Fil Rouge 

2 commentaires


  1. et encore un cliché qui s’effondre !!!!
    et toujours la « malbouffe » à combattre ….Report

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