ROYAUME-UNI : Le Brexodus difficile d’Eva suite au Brexit

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On continue notre série sur le Brexit. Dur réveil pour certains, vote historique et nécessaire pour d’autres qui en veulent à l’Europe. Aujourd’hui le parcours d’Eva, jeune Française qui a tout misé sur Londres mais qui, avec le Brexit, a l’impression d’avoir tout perdu huit ans après.  

Londres, un rêve devenu réalité

Enseignante contractuelle de Lettres classiques, Eva arrive à Londres en août 2010, avec l’espoir de se reconvertir dans le domaine des arts du spectacle. C’est suite à plusieurs tentatives infructueuses en France, qu’elle décide enfin de franchir le pas de l’expatriation. Eva est une grande passionnée de langue et de culture anglaise, c’est donc sur le Royaume-Uni qu’elle mise ses espoirs. Elle espère bien y trouver l’opportunité d’intégrer ce milieu.

« J’ai préparé ce départ durant six mois, c’était pour moi un rêve d’enfance qui se réalisait » se rappelle-t-elle.

Une fois arrivée, Eva se sent aussitôt à l’aise dans un contexte londonien dynamique et multiculturel.

A côté de sa recherche de travail, elle se met au cricket afin de se faire des amis et de mieux s’insérer dans la société anglaise. Elle s’entraine tous les vendredis à l’Oval, dans le sud de Londres, et commence à se passionner d’arbitrage. Elle obtient même d’arbitrer de petites équipes. Grâce au sport, Eva affirme avoir connu beaucoup de monde et avoir appris à appréhender les différences culturelles, dans un contexte où les athlètes proviennent de milieu très divers.

C’est l’année suivante qu’Eva décroche un CDI au Collège Français Bilingue de Londres, en tant que professeur de Lettres classiques. Elle y reste jusqu’en 2016, l’année du referendum. « Nous en parlions beaucoup au travail » se souvient-elle. Malgré cela, l’annonce du résultat est un véritable choc pour elle.

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Un retour difficile

Finalement, après cinq ans de vie au Royaume-Uni, c’est la baisse des heures d’enseignement liés à la réforme du Collège qui la pousse à rentrer en France, même si le vote du Brexit n’est pas tout à fait étranger à sa décision. « L’ambiance du lendemain du vote était si morose. J’avais le sentiment de ne plus être à ma place, de ne plus être acceptée et le fait que je partais me semblait une bonne chose dans ce contexte. »

En janvier 2017, c’est donc le retour au pays. Et pour Eva, il est brutal : « J’ai eu beaucoup de mal à redémarrer en France » admet-elle. « Cela a été très dur à 40 ans passés de revenir et d’être sans emploi. Londres offrait tellement d’opportunités professionnelles et j’avais tous mes amis proches là-bas ! Aujourd’hui, je suis toujours sans emploi et je vis chez ma famille, car toute mon expérience à l’étranger (neuf ans au total) n’a pas été prise en compte par Pôle Emploi. Je suis donc au RSA, sans autres ressources. »

« Ici j’ai très peu d’amis et je n’ai plus de vie sociale. (…) Londres me manque toujours » soupire Eva, qui maintient l’espoir de pouvoir y retourner un jour. Elle reste en contact avec ses anciens collègues, à qui elle demande régulièrement si les choses changent. « J’ai toujours à l’esprit le dynamisme de Londres, la vie sociale riche que j’avais là-bas, et tout cela me manque énormément. »

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Le Brexit, une décision incompréhensible

C’est avec grande amertume qu’Eva évoque le Brexit : « Je voulais rester à Londres, mais mon contexte de travail était devenu difficile et (…) le referendum m’avait persuadée que j’avais pris la bonne décision. (…) Le Brexit a été un vrai choc, car incompréhensible. Comment une société multiculturelle telle que celle du Royaume-Uni pouvait-elle se fermer à l’Europe en raison des migrants ? J’ai eu l’impression que les Anglais voulaient prouver qu’ils avaient une économie forte et vivre en totale autonomie. »

« Le multiculturalisme était un modèle idéal, et le Brexit n’était qu’une réponse à une peur irraisonnée. Cela constituait la force de ce pays » déplore-t-elle. « D’ailleurs, je n’ai pas encore réussi à comprendre cette raison des migrants, car je me suis sentie acceptée et intégrée dans cette société. »

Deux mois après cet entretien, Eva a finalement décidé de revenir au Royaume-Uni, après avoir été recrutée pour un CDD de 7 mois, à mi-temps. Elle compte fermement profiter de cette opportunité pour se former dans le domaine du journalisme et de la communication, et projette de suivre les cours en ligne de la London School of Journalism. Nous lui souhaitons bon courage et beaucoup de succès dans sa reconversion !

Emma Guesbaya – Équipe Le Fil Rouge

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