ARCTIQUE – ANTARCTIQUE : Stéphane Dugast, l’aventurier des glaces

stephane dugast aventurier arctique antartique
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Reporter, réalisateur, conférencier, chroniqueur et photographe Stéphane Dugast a plus d’une corde à son arc. Aventurier dans l’âme, il a développé un fort tropisme pour la mer et les univers polaires. Curieux de nature il aime raconter des histoires en tous genres, qu’il partage notamment sur son blog « Embarquements, l’Aventure autrement ». Il nous livre dans une interview exceptionnelle le récit de ses aventures.

paysage antartique

Racontez-nous un peu la naissance de votre blog Embarquements | L’aventure autrement et les envies qui se cachent derrière. Plus précisément sur l’Arctique et l’Antarctique.

Stéphane Dugast: Le blog Embarquements, c’est finalement une vieille aventure qui remonte à 2007 alors que je suis de retour d’une expédition dans les pas de l’explorateur Paul-Emile Victor. 70 ans après ses séjours au Groenland oriental, j’ai voulu savoir ce qu’étaient devenus les Eskimos que l’on appelle aujourd’hui les Inuits. Je suis ainsi parti sillonner cette région polaire d’abord en hiver – en traîneaux à chiens, en bateau ou à pied sur la banquise – puis en été en compagnie notamment de Stéphane Victor, l’un des trois fils de l’aventurier.

A l’époque, j’ai envie de faire connaitre cette incroyable aventure, de la faire savoir et de la partager ! J’ai donc l’idée de créer mon blog pour parler à ma guise de mon aventure « Dans les pas de Paul-Émile Victor ».

Je vais concevoir ce site au gré de mes coups de cœur et de mes envies, comme on rangerait des livres ou des objets précieux dans une malle aux trésors. Le blog Embarquements est en quelque sorte une invitation à prendre le temps de voir, de lire, d’écouter et de regarder le monde qui nous entoure à travers le prisme du grand reportage, du voyage, de la découverte, de l’exploration et de l’aventure au sens large.

stephane dugast aventurier arctique antartique

Arctique, Antarctique. On pense évidemment pôles, banquise, pingouins, Inuits. Pourtant il y a des différences notables entre ces deux régions polaires et sans doute infiniment plus de richesses derrière ces premières images. Vous nous aidez à y voir plus clair ? 

Pour ne pas confondre Arctique et Antarctique l’explorateur français Jean-Baptiste Charcot (1867-1936) avait trouvé la parade lors de ses conférences : « Si vous vous trouvez dans une région polaire sans savoir laquelle, rien de plus simple : si vous rencontrez un ours blanc, c’est que vous êtes au Pôle Nord ; si, au contraire, vous découvrez des manchots, c’est que vous êtes au Pôle Sud ».

Pour les géographes, la différence est très claire entre Arctique et Antarctique. Sixième continent de notre planète, l’Antarctique est une île encerclée par le large océan austral et recouverte de plusieurs kilomètres d’épaisseur de glaces par la calotte glaciaire (ou inlandsis). L’Antarctique est une terre de sciences et de paix habitée seulement par des scientifiques et des logisticiens pour y mener des campagnes d’exploration.

A l’inverse, l’Arctique est l’ensemble des régions situées au nord du cercle polaire arctique. Cette région n’est pas une île, et encore moins un continent, mais en majeure partie l’océan arctique glacial. Un océan entouré de terres habitées, parsemé d’îles dont la plus vaste est le Groenland. Cet océan est recouvert par une banquise dont la superficie et l’épaisseur varient en fonction des saisons.

banquise en antartique

Vous vous êtes lancé sur les traces des grands explorateurs et aventuriers français des régions polaires, comme Jean-Baptiste Charcot ou Paul-Émile Victor. Que retenez-vous de ces expéditions héroïques du 20ème siècle et que nous ont-elles appris sur ces territoires reculés ?

D’abord, la France est une nation polaire qui s’ignore ! Bien que ne disposant d’aucune frontière touchant aux zones froides de notre planète, elle a joué un rôle majeur dans l’exploration des pôles.
Jean-Baptiste Charcot d’abord conduira des expéditions majeures en Antarctique et en Arctique et notamment au Groenland. Il mettra pour ainsi dire « le pied à l’étrier » à un jeune ethnologue dénommé Paul-Emile Victor avant de sombrer avec son trois-mâts Le Pourquoi-Pas ? au large de l’Islande en 1936.

Le jeune Victor va hiverner chez les Eskimos d’Ammassalik, une population encore semi-nomade découverte seulement quatre décennies auparavant. Victor va ensuite s’attaquer avec succès à une traversée d’Ouest en Est de la calotte glaciaire du Groenland avant d’hiverner seul avec sa famille d’adoption chez ces mêmes Eskimos. En 1947 il créé les Expéditions Polaires Françaises (EPF), une entité, devenue aujourd’hui l’Institut polaire français Paul-Emile Victor (IPEV), qui envoie des chercheurs hiverner au Groenland puis exclusivement en Terre Adélie afin d’y mener des expéditions scientifiques.

Toutes ces expéditions, et cette présence continue de la France en Terre Adélie depuis 1956, vont notamment permettre de comprendre que les glaces renferment le climat de notre planète.

paysage terre antartique

Quand on pense grand Nord, on pense facilement aux incroyables récits d’aventures à la Jack London. Vous qui avez séjourné à plusieurs reprises dans ces contrées sauvages, vous nous décrivez votre quotidien et celui de leurs habitants ? 

J’ai eu la chance de vivre depuis 2003 plusieurs séjours en Sibérie centrale et au Groenland. J’y ai découvert le froid mordant, les -40°C, la glace, la banquise et une vie humaine en apparence gelée.

La lecture des récits de ces explorateurs, ou encore ceux de Jack London, m’avait fait me fabriquer une image rêvée de cet Arctique, une image fantasmée de ces Eskimos, peuple de chasseurs vivant en harmonie avec une Nature pourtant parmi les plus hostiles sur Terre. Je me trompais !

Comme dans n’importe quel village européen, les changements ont été nombreux et conséquents depuis un siècle. Au Groenland, ils ont toutefois été plus fulgurants qu’ailleurs. Du temps de Paul-Émile Victor, les Inuits étaient un peuple semi-nomade vivant de la chasse toute l’année, de la cueillette et de la pêche en été.

Sept décennies plus tard, les habitants de cette région du globe sont tous devenus sédentaires ou presque. La modernité et le progrès ont fait irruption dans le quotidien Inuit. Les écrans plasma trônent dans les salons surchauffés. Internet est présent dans les écoles. On trouve toutes sortes de produits de consommation dans des supermarchés.

paysage antartique vu de la mer

Vu d’ailleurs, la nuit polaire ou au contraire les journées sans coucher de soleil, ça paraît dingue. Comment s’acclimate-t-on à de tels phénomènes ?

Mon expérience est réduite en la matière ! Mais j’ai vécu en 2006 pendant une semaine la nuit polaire à Tasiilaq, au Groenland oriental. Pire, le pitterak – un vent polaire puissant en provenance de la calotte glaciaire – soufflait très fort ! J’ai dû ainsi vivre enfermé seul dans une auberge de jeunesse ouverte uniquement pour moi.

Les sensations ont été fortes. Le bruit du vent et de la maison qui grinçait. La nuit quasiment 16 heures sur 24. Ce soleil et cette lueur que l’on devinait derrière les sommets vers midi. Ce séjour a exalté mes sens d’autant que j’étais venu en repérages pour trouver un guide et rencontrer Max, un marseillais devenu instituteur et chasseur de phoques ! Reclus dans mon auberge The Red House, l’attente a été longue puisque Max et Tobias le guide ne se sont pointés que le dernier jour de mon séjour !

aventurier voyage chiens tirer

Les régions polaires sont sans conteste un monde à part. Qu’est-ce qui vous émerveille toujours autant à chaque voyage ? 

J’ai eu la chance de sillonner la péninsule Antarctique l’hiver dernier en devenant guide-naturaliste et conférencier sur le navire d’expédition Soléal de Ponant. J’ai ainsi découvert l’autre désert blanc de notre planète : l’Antarctique. Contrairement à l’Arctique, la modernité – à l’exception des bases scientifiques bien entendu – n’est pas présente en Péninsule. Vous fréquentez une région du globe où la nature est encore puissante, farouche, hostile mais si attirante.

De surcroît, j’ai vécu ces voyages intensément car j’étais dans le sillage de l’explorateur et aventurier Jean-Baptiste Charcot. Et vous dire que vous voyez – peu ou prou – la même chose que l’explorateur il y a plus d’un siècle, cela décuple vos impressions et votre plaisir ! Autant de raisons qui vous incite à toujours vous m’émerveiller ! Impossible non plus de rester de marbre devant le ballet majestueux des albatros, des orques, des baleines ou des manchots.

baleine en antartique devant un iceberg

Justement, que ce soit au Groenland ou en Antarctique, des tour-opérateurs proposent désormais des excursions hors des sentiers battus. Comment voyez-vous le développement du tourisme dans ces espaces où la nature sauvage semble encore relativement préservée ? 

C’est une question que l’on me pose souvent en conférence et à laquelle on se doit de répondre dès lors que l’on s’intéresse aux questions polaires.

Le développement du tourisme dans ces espaces dits « vierges » n’est pas un mal à condition de respecter des règles très strictes pour tous les acteurs. Je pense qu’il est impossible, voire dangereux de vouloir tout mettre sous cloche, sans se donner les moyens d’étudier, de protéger, de préserver et/ou de valoriser un écosystème.

Puissent les terriens être conscients de l’absolue nécessité de continuer à explorer, à étudier et à préserver ces joyaux de la Nature. Car, au creux des glaces s’écrit, en ce moment même, l’avenir de notre planète.

un bateau de tourisme dans l'antartique

Propos recueillis par Tiphanie François – Equipe Le Fil Rouge

A paraître le 4 octobre prochain aux éditions du Chêne – E/P/A : L’Astrolabe : Le Passeur de l’Antarctique

Découvrez le site web de l’aventurier Stéphane Dugast
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2 commentaires


  1. des questions inintéressantes et très bien formulées pour des réponses claires et enrichissantes.
    Bravo pour cette interview !!!!Report

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