SYRIE : Les joyaux syriens revivent en 3D grâce à une start-up française

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7 années de conflit en Syrie ont causé d’énormes pertes humaines. Les bombardements et les actes de terrorisme ont aussi gravement endommagé le patrimoine architectural et historique du pays. Mais les villes de Palmyre, d’Alep, et d’autres joyaux du patrimoine syrien, sévèrement touchés par des années de guerre, pourraient retrouver leur lustre d’antan grâce à la technologie d’une start-up française.

Les récentes attaques perpétrées par des terroristes de l’organisation État Islamique (ou Daech) à quelques kilomètres de Palmyre ont ravivé le souvenir des terribles exactions commises entre 2015 et 2017 dans cette ville, surnommée la perle du désert syrienne, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1980.

Un patrimoine dévasté

La partie moderne de la ville avait alors subi de lourds dégâts humains et matériels. La communauté internationale s’était par ailleurs fortement indignée devant les menaces (rapidement mises à exécution) de l’organisation État islamique qui avait miné le site antique. En 2015, lors de la première occupation de la ville, des images satellites de l’ONU publiées sur les réseaux sociaux et dans différents médias avaient annoncé la destruction du temple de Bêl, sanctuaire principal du site érigé au premier siècle de notre ère. Le temple de Baalshamin, des tours funéraires, des tombes souterraines et l’arc de Triomphe du site avaient eux aussi été, tout ou partie, détruits à coups d’explosifs par l’EI.

Dix mois après leur éviction par les forces gouvernementales, les combattants de l’EI reprenaient une seconde fois Palmyre fin 2016 et s’attaquaient cette fois au théâtre romain et au majestueux Tétrapyle. Dans un communiqué de presse le porte-parole de l’ONU dénonçait alors « la destruction injustifiée d’un site d’une valeur inestimable pour notre patrimoine mondial commun ». Une condamnation unanime.

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Au-delà de Palmyre, c’est aussi la vieille ville d’Alep, et ses treize kilomètres de venelles voûtées bombardée par le régime syrien et son allié russe, ou les villes de Lattaquié, de Damas, et bien d’autres sites qui ont été abîmés par les combats. Devant l’inertie de la coalition internationale, une start-up française s’est portée au chevet des ces villes et ces sites dévastés et pourrait contribuer au sauvetage de ce patrimoine mondial.

Le patrimoine syrien sauvé par les nouvelles technologies ?

En avril 2016, alors que l’EI a quitté Palmyre l’architecte Yves Ubelmann, co-fondateur d’Iconem, jeune pousse française spécialisée dans la numérisation des sites archéologiques, se rend dans la ville avec un drone et des appareils photographiques sophistiqués. Son butin : 20.000 images qui seront traitées à Paris et qui, grâce à la photogrammétrie, permettront de reconstituer en 3 dimensions le site dans son ensemble. Un travail d’analyse inestimable qui pernet d’évaluer les destructions et sert de base à la DGAM (Direction Générale des Antiquités et des Musées syrienne) pour décider de la stratégie de restauration.

Une technologie unique au monde que la start-up a déjà mobilisé dans des pays en guerre comme en Afghanistan ou en Irak mais aussi sur des sites soumis à une forte pression touristique comme Pompéi, entièrement modélisé en 2015. En Syrie, l’équipe d’Yves Ubelmann ne s’est pas arrêtée aux portes de Palmyre. Le projet Syrian Heritage, mené en partenariat avec la DGAM, a déjà permis de numériser la Mosquée des Omeyyades d’Alep, le musée de Lattaquié, le Krak des chevaliers ou la citadelle de Damas.

En Syrie ou ailleurs, « l’enjeu est de garder une trace des sites exceptionnels soumis à une dégradation humaine ou non pour les générations futures » confie l’architecte français. L’ambition de l’entreprise est aussi de transmettre la technologie « On en avait ras le bol : on arrivait, on fouillait et on repartait. L’approche d’Yves rejoint la mienne : travailler avec une idée de passation, de transfert de compétences. On pense valorisation », confirme Vincent Michel, archéologue, et directeur de la mission archéologique française pour la Libye Antique (Cerla).

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C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’Iconem envisage de créer une plateforme collaborative pour numériser des sites patrimoniaux du monde entier grâce à des images collectées, notamment auprès du grand public. Un projet d’intérêt général !

TF – Équipe Le Fil Rouge

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