TAHITI : Teahupo’o, surfer l’indomptable, la vague la plus dangereuse du monde  

TAHITI : Teahupo’o, surfer l’indomptable, la vague la plus dangereuse du monde
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Depuis le 10 août le monde du surf a les yeux tournés vers Tahiti. La Tahiti Pro 2018, compétition internationale, réunit les meilleurs surfeurs du moment à Teahupo’o, le spot réputé le plus dangereux au monde. Portrait d’un tube parfait et gigantesque, fantasme de tous les surfeurs de grosses vagues.

« La vague la plus effrayante du monde »

La veille de l’ouverture de la Tahiti Pro 2018, septième étape du circuit pro, deux bodyboarders locaux sortent du lagon, planche sous le bras : « elle est en train de descendre. On l’annonce flat pour le début de la compet. » Elle, c’est la gauche (vague déroulant vers la gauche depuis l’eau) de Teahupo’o : « la vague la plus effrayante du monde » selon Bruce Irons, champion du monde 2008, qui s’est pourtant offert le luxe barré de la surfer les yeux bandés il y a quelques années.

@filipetoledo training in Tahiti ????By @ricardinhotoledo

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Depuis quelques jours, Teahupo’o (la « montagne de têtes) est le spot à l’honneur dans le monde du surf. Chaque année le petit village paisible du bout du monde accueille la crème des surfeurs pro et son lot de touristes amateurs de sensations fortes. À une heure trente de route de Papeete, au point kilomètrique zéro, sur Tahiti Iti (la presqu’île) la route s’arrête et le mythe commence. Depuis la plage, à plusieurs centaines de mètres, on l’aperçoit. Sans cette « oeuvre d’art » has-been représentant une planche et une vague, sans ces multiples panneaux « taxi-boats », sans ce petit stand d’informations sorti de nulle part, difficile d’imaginer qu’il s’agit bien de la vague mythique.

De l’Antarctique à Tahiti

C’est pourtant bien la Mâchoire, telle qu’on la surnomme, qui est en train de se fracasser contre le récif. Teahupo’o offre l’une des plus belles et des plus impressionnantes vagues tubulaires du monde. Ingrid Astier, qui lui a consacré un article dans Libération, vante « sa beauté qui subjugue mais ne pardonne pas. » Entre avril et octobre, la saison est ouverte : les conditions sont optimales pour que la vague se déploie dans toute sa splendeur. Elle dépasse régulièrement les dix mètres de haut. En 2000, à son apogée, elle offre à Laird Hamilton, spécialiste des grosses vagues, le record du plus gros tube jamais surfé. Ce jour-là, elle se déroule sur quinze mètres de haut et se pare du titre prestigieux de « vague du millénaire. »

TAHITI : Teahupo’o, surfer l’indomptable, la vague la plus dangereuse du monde

Sa taille a de quoi impressionner donc. Tout comme sa puissance. Avant de se briser sur le corail de Teahupo’o, la houle a parcouru des milliers de kilomètres dans le Pacifique depuis l’Antarctique ; sur son passage rien qui ne puisse la brider. C’est surtout la configuration très particulière du site qui fait de cette vague un objet sublime, le graal des surfeurs. Lancée à pleine puissance en eaux profondes, elle s’abat subitement sur le corail qui affleure quasiment à la surface de l’eau. À cet instant, la passe d’Hava’e n’a plus grand chose à voir avec la quiétude du lagon de Tahiti, vantée par les agences de voyage.

La vague de tous les excès

Les surfeurs le savent bien. La moindre erreur peut être fatale sur ce reef break (spot qui se brise sur un récif de roches ou de corail, par opposition au beach break où les vagues se cassent sur du sable) de l’extrême. Beaucoup en ont fait les frais. Y compris les plus grands et les plus aguerris. Il y a quelques jours, le Brésilien Filipe Toledo, n’a pas réussi à dompter Teahupo’o : après une chute spectaculaire, le numéro un mondial a eu le dos lacéré par le corail. Depuis son entrée dans le monde du surf pro (dans les années 1990), « Chopes », comme la surnomme quelques uns, a lacéré des chairs et briser des os. Certains y ont laissé leur vie.

Rien pourtant ne semble pouvoir empêcher l’appel de Teahupo’o. Et comme si surfer l’une des vagues les plus dangereuses du monde ne suffisait pas à rassasier des surfeurs en mal d’adrénaline, quelques figures emblématiques de la discipline ont imaginé des défis dantesques. L’exploit de Bruce Irons (qui a surfé la vague les yeux bandés) fait presque pâle figure à côté des prouesses complètement folles de l’Américain Jamie O’Brien ou de l’Australien Robbie Maddison. Les deux hommes ont réussi à surfer la vague avec une combinaison en feu façon « Les 4 Fantastiques » pour le premier et en motocross pour le second. La légende n’est pas prête de s’éteindre.

Tiphanie François – Équipe Le Fil Rouge

Pour aller plus loin, Le Fil Rouge vous recommande Teahupoo, la vague mythique de Tahiti, aux Éditions Au Vent des Îles.

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